Après presque une décennie d'efforts pour améliorer l'accès à certaines interventions médicales, les provinces frappent un mur. Malgré une hausse importante du volume d'activité, le pourcentage de malades soignés à temps stagne ou, même, recule. L'augmentation de la demande nuit à la réduction des temps d'attente.

D'abord la bonne nouvelle. Les interventions identifiées comme prioritaires en 2004 se pratiquent de plus en plus, montrent les données publiées hier par l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS).

Le nombre d'arthroplasties du genou et de la hanche a augmenté de 15% au Canada depuis trois ans (2010 à 2012). Il s'est fait 6% plus d'opérations de la cataracte et 10% plus de traitements de radiothérapie. Les Canadiens ayant besoin de telles interventions sont donc plus nombreux à les recevoir.

La moins bonne nouvelle? Ces soins identifiés comme prioritaires sont victimes de leur succès. Malgré la hausse importante du nombre d'interventions, la proportion des malades qui ont pu commencer leur radiothérapie ou être débarrassés de leurs cataractes dans les délais requis a progressé d'à peine 1% depuis trois ans. Pour les opérations au genou et à la hanche, elle a reculé de 4%. «Les données indiquent que la demande pour des interventions telles que les remplacements articulaires augmente plus vite que la capacité du système de santé à y répondre», souligne l'ICIS.

Et cette capacité n'est pas infinie. L'augmentation de ces remplacements articulaires a coûté, à elle seule, plus de 100 millions de dollars supplémentaires aux contribuables canadiens depuis trois ans. Combien faudrait-il dépenser de plus pour que l'ensemble des cas soient réglés à temps?

La barre n'est pourtant pas si haute: l'objectif est de traiter 90% (et non la totalité) des patients dans les délais prévus. Hélas, il n'a été atteint que dans un seul domaine partout au pays: la radiothérapie.

Il faut dire que les provinces partaient de loin. C'est la première fois que l'ICIS peut établir des tendances nationales sur trois ans en chirurgie de la hanche, du genou et de la cataracte, ainsi qu'en radiothérapie. Dans d'autres domaines, pourtant identifiés comme prioritaires il y a neuf ans, on n'a même pas encore toutes les données pour établir des comparaisons. C'est notamment le cas de la cardiologie, où les provinces ne calculent pas l'attente de la même façon, et de l'imagerie médicale, où l'on est encore moins avancé.

Le prochain repère national portera sur les chirurgies du cancer, mais il faudrait suivre toutes les opérations pour éviter qu'une poignée d'interventions ne drainent les ressources au détriment de toutes les autres. Car pour le patient, l'opération prioritaire, c'est celle dont il a besoin.

Au lieu de dépenser des fortunes pour générer des gains minimes dans des secteurs où l'on a déjà fait beaucoup de progrès, mieux vaudrait investir pour réduire l'attente dans d'autres activités jusqu'ici négligées.