La victoire qu'Apple vient de remporter sur Samsung devant une cour fédérale de Californie est écrasante. Reste à voir si les consommateurs, eux, ressortiront gagnants de cette affaire.

Ce résultat aura-t-il pour effet d'encourager ou de décourager l'innovation chez les fabricants de téléphones sans fil dits intelligents? La réponse est moins évidente qu'il n'y paraît.

À première vue, le triomphe de l'entreprise américaine est un encouragement à l'innovation. En reconnaissant les brevets d'Apple sur des fonctions qui ont fait le succès de l'iPhone et de l'iPad, le jury envoie un message d'appui aux sociétés qui misent sur la recherche. Sa décision devrait aussi forcer Samsung à trouver autre chose pour rendre ses appareils attrayants.

On se demande toutefois si ce verdict ne donne pas une trop grande portée à la propriété intellectuelle d'Apple, et n'aura pas pour effet d'empêcher toute innovation intéressante chez ses concurrentes. Le problème ne vient pas du jury, mais du système de brevets. Il s'en donne beaucoup trop pour de simples caractéristiques qui ne sont pas des inventions, soulignent les critiques. Ces brevets discutables se révèlent toutefois d'une grande utilité en cour...

Une entreprise comme Apple, qui a fait le pari d'investir dans la recherche pour se démarquer, devrait évidemment pouvoir tirer profit de ce qu'elle développe. Mais si son arsenal de brevets, obtenus à l'interne et acquis d'autres entreprises, ratisse tellement large qu'il peut démolir toute alternative concurrente devant les tribunaux, il y a un sérieux problème. Les futurs acheteurs de téléphones intelligents et de tablettes numériques risquent, à terme, d'avoir beaucoup moins de choix d'appareils.

Les appareils Nokia, qui roulent sur plateformes Windows, montrent qu'il est possible de fabriquer des téléphones intelligents différemment. Mais ils montrent aussi qu'il ne suffit pas de se différencier pour conquérir le marché. Il faut avant tout répondre aux désirs des acheteurs. Et ceux-ci, pour l'instant, veulent des appareils comme ceux d'Apple et des fabricants qui utilisent Android.

L'échec cuisant de Samsung risque cependant d'avoir l'effet d'une douche froide, et en convaincre certains de larguer Android pour éviter d'autres poursuites. De quoi ravir Steve Jobs dans sa tombe, lui qui avait juré de livrer une «guerre thermonucléaire» à la plateforme créée par Google.

Rien de tout cela ne se produira demain matin. La cause a toutes les chances d'aller en appel, et des dizaines d'autres poursuites opposent les fabricants de téléphones intelligents dans le monde entier.

Il s'agit néanmoins d'une décision majeure, qui soulève des questions importantes sur le système de propriété intellectuelle. Les brevets doivent favoriser l'innovation, pas la cadenasser. Si une entreprise peut les utiliser à cette fin, ce ne sont pas seulement ses concurrents, mais tous les consommateurs qui s'en trouvent perdants.

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