Où tomberont les coupes annoncées dans le budget fédéral? Les détails qui ont commencé à filtrer alimentent les spéculations plus qu'ils ne nous informent. Le gouvernement Harper doit s'expliquer. Son silence crée un climat d'incertitude nocif pour l'économie.

Plusieurs centaines de fonctionnaires ont appris cette semaine que leur poste est appelé à disparaître. Beaucoup d'autres suivront: le budget nous promet 19 200 coupes d'ici trois ans. Certains de ces employés seront replacés dans la fonction publique ou recevront des primes de départ intéressantes, mais tant qu'ils ne seront pas fixés, la plupart mettront leurs dépenses en veilleuse. Même chose pour les contractuels, dont le renouvellement est plus incertain que jamais. Des fournisseurs du gouvernement auront sans doute le même réflexe. Prudence légitime, mais qui aura l'effet d'une douche froide sur l'activité économique des régions visées.

Radio-Canada et l'Office national du film (ONF) n'ont pas donné tous les détails, mais ils ont au moins annoncé combien de postes et quels services seront touchés chez eux. Rien de tel dans les ministères. Les 1100 emplois civils éliminés à la Défense nationale vont frapper les bases de Valcartier et de Saint-Jean de plein fouet. Enfin, c'est à confirmer, car pour l'instant, le peu qu'on en sait nous vient des syndicats. Drôles de porte-parole pour un gouvernement Conservateur!

Radio-Canada et l'ONF le reconnaissent: les coupes qui leur ont été imposées ne passeront pas inaperçues du public. Ils ont donné des exemples. Pourquoi ne pas en faire autant à Ottawa?

Le ministre Flaherty, on s'en souvient, a promis que son budget rognerait dans l'administration, et non dans les services à la population. Tant qu'on ne voit pas où tombe le couperet, il est difficile de le contredire. Mais ce jeu de cache-cache ne pourra pas durer. Nous le savons, le gouvernement le sait. Qu'il prenne ses responsabilités. Laisser ainsi suinter l'information goutte à goutte est la pire chose à faire. Ce n'est pas seulement pénible pour les employés, ça crée un climat d'insécurité qui aggrave l'impact des compressions.

Que cela plaise ou non au gouvernement Harper, l'administration fédérale joue un rôle important dans l'économie du pays. Au plus fort de la crise, les dépenses de programmes ont représenté jusqu'à 16% du PIB. Le budget les ramènera à moins de 13% d'ici trois ans, leur plus bas niveau depuis 2005. Ce n'est pas rien.

La nécessité de revenir à l'équilibre budgétaire ne fait pas de doute: on a vu ce qui arrive aux États qui souffrent d'aérophagie. Mais ce gouvernement-ci a de la marge de manoeuvre. Va-t-il l'utiliser intelligemment? Le budget est tapissé du mot «responsable» - on l'y retrouve au moins une quarantaine de fois. Voilà pour le discours. La démonstration, par contre, tarde à venir.