Dans le ton comme sur le fond, le premier budget de ce gouvernement majoritaire est un reflet fidèle de l'administration Harper. Pas aussi impitoyable que le voulait la rumeur, mais néanmoins très tranché. Et surtout, en rupture avec le statu quo.

On en trouve la démonstration la plus éclatante dans les changements au Programme de la sécurité de la vieillesse (PSV). Il faudra attendre d'avoir 67 ans pour en toucher les prestations. La modification a beau être à retardement (elle ne touchera pas les citoyens nés avant le 1er avril 1958 et ne s'appliquera pleinement qu'à ceux nés après le 31 janvier 1962), la table est mise pour un changement de mentalités. On envoie le message que la retraite normale n'est pas à 65, mais à 67 ans. Et tant pis si, de l'avis de la plupart des observateurs, le programme n'avait pas besoin d'une telle mesure pour assurer sa viabilité...

Cet entêtement en dépit des faits est un trait de caractère qu'on a beaucoup reproché à ce gouvernement. Il faut cependant reconnaître qu'il sait aussi s'incliner devant des faits sur lesquels ses prédécesseurs ont fermé les yeux.

L'exemple le plus spectaculaire, à défaut d'être le plus significatif, est certainement la pièce d'un cent. Voilà 25 ans qu'on répète qu'on pourrait s'en passer, sans qu'aucun gouvernement n'ose s'y attaquer. Ottawa arrêtera d'en mettre en circulation dès cet automne, économisant 11 millions par an. De la petite monnaie, mais au moins, c'est fait.

Plus important: le soutien à la recherche et développement (R&D), dont on savait depuis longtemps qu'il ne nous en donnait pas pour notre argent. Largement inspiré du rapport Jenkins, le budget revoit complètement la stratégie fédérale, ouvrant grand la porte au soutien direct et au capital-risque, et resserrant le robinet des crédits d'impôt.

«Le gouvernement n'envisage pas seulement les prochaines années, mais aussi la prochaine génération», a souligné d'entrée de jeu le ministre Flaherty dans son discours. Plusieurs mesures ne feront sentir leurs effets que progressivement, mais elles annoncent des changements durables dans les façons de faire.

On pense, entre autres, à l'évaluation environnementale accélérée, à l'immigration plus étroitement liée aux besoins en main-d'oeuvre des entreprises, à la contribution accrue des fonctionnaires, députés et sénateurs à leurs régimes de pension respectifs. Et, bien sûr, à ces réductions de dépenses à la grandeur de l'appareil fédéral. Ce n'est pas l'hécatombe, mais les conservateurs n'ont pas été tendres envers leurs bêtes noires. Les coupes (sur trois ans) de 115 millions à Radio-Canada et de 34 millions chez Statistique Canada auront des effets tangibles sur le volume de production de ces organisations.

Le gouvernement Harper laissera aussi sa marque en creux dans la fonction publique en y éliminant 19 200 postes - presque 5% de l'organigramme fédéral. Le fera-t-il intelligemment, en limitant au maximum les impacts sur les utilisateurs de services? On le verra à l'usage... comme une grande partie des mesures de ce budget, d'ailleurs.