On verra aujourd'hui, au taux que l'Italie devra payer pour emprunter, la confiance que les marchés accordent à son nouveau président du conseil Mario Monti.

Cet économiste discret, président d'université et ex-commissaire européen a été nommé hier avec la responsabilité de former un gouvernement. Le contraste avec son flamboyant prédécesseur est frappant. Silvio Berlusconi est de sept ans son aîné, mais en termes de maturité économique, il avait plusieurs décennies de retard.

N'empêche, on est troublé de voir les marchés obtenir ainsi la tête de chefs d'État élus. Sauf qu'en Grèce comme en Italie, ils ont seulement donné le coup de grâce. La position de Papandréou était depuis longtemps fragilisée, ses adversaires politiques ont profité du dernier plan européen pour obtenir son départ. À la tête du pays depuis deux ans, il n'était pourtant pas responsable des décennies d'incurie. Son homologue italien ne peut plaider une telle innocence.

En 10 ans de pouvoir triomphant, Berlusconi n'a jamais fait les réformes dont son pays avait besoin. Le fossé Nord-Sud perdure, l'État demeure sclérosé et la dette a enflé jusqu'à 120% du PIB. Résultat, les taux d'emprunt à 10 ans ont défoncé les 7% la semaine dernière. Il Cavaliere récolte... ce qu'il aurait dû récolter depuis longtemps.

La dynamique politique italienne n'est pas propice à l'adoption de réformes, c'est vrai. Mais Berlusconi, qui a bénéficié d'une longue période de stabilité et contrôlait un empire médiatique ahurissant, aurait eu les moyens de faire avancer des idées. Hélas, il avait d'autres intérêts.

Mario Monti a maintenant la difficile tâche de rassurer les marchés. Une émission obligataire de 3 milliards d'euros est prévue aujourd'hui. Le rendement exigé nous renseignera sur le crédit accordé au nouveau leader italien.

L'homme a conseillé Goldman Sachs et, surtout, tenu tête à GE et à Microsoft lorsqu'il était commissaire européen. Cependant, même avec un «gouvernement technique», formé autour d'un noyau dur d'économistes, il aura besoin de l'appui des élus pour faire adopter ses mesures rapidement. Et ceux-là n'ont pas changé.

Berlusconi est d'ailleurs toujours dans les parages. Il conserve un siège au Parlement, qui lui confère une immunité contre les poursuites dont il est la cible. Et les insultes qui ont accueilli sa sortie du palais présidentiel samedi ne l'ont pas dissuadé de vouloir «reprendre le chemin du gouvernement», comme il l'a écrit hier.

Parachuter des dirigeants non élus pour faire le sale boulot était sans doute la seule solution dans le contexte politique qui prévaut actuellement en Italie. Le danger est qu'ils ne fassent que ça, laissant au prochain gouvernement le défi d'entreprendre les réformes structurelles nécessaires pour remettre le pays sur la voie de la croissance.

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