La ministre du Travail Lisa Raitt a sorti tout un drôle d'oiseau de sous son mouchoir en annonçant, hier en début de soirée, le recours au Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) pour éviter une grève chez Air Canada. À situation inhabituelle, procédure inédite?

La ministre demandera ce matin au Conseil de se pencher sur le dossier car pendant qu'il le fera, il ne pourra pas y avoir de grève ou de lock-out chez le transporteur, a-t-elle expliqué au réseau de télévision CTV. Le cas relève-t-il vraiment du champ de compétences de ce tribunal quasi judiciaire? Il faudra voir sa réaction aujourd'hui. Le Conseil a beau avoir pour mission de «s'attaquer efficacement aux problèmes les plus complexes», on se demande ce qu'il pourra faire ici. D'autant plus qu'on n'est pas devant une perspective de grève illégale. Les 6800 agents de bord d'Air Canada avaient tout à fait le droit de débrayer après le douzième coup de minuit ce soir.

La manoeuvre semble surtout destinée à faire le pont entre la date fatidique de ce soir et le moment où la ministre pourra déposer son projet de loi forçant un retour au travail - pas avant à la reprise des travaux de la Chambre des Communes, lundi. Ce qui, compte tenu du délai nécessaire à l'adoption, aurait permis plusieurs jours de grève. Une perspective apparemment insoutenable pour la ministre du Travail.

On a vu son empressement, le mois dernier, à brandir la menace d'une loi d'exception, alors que les parties négociaient encore et qu'il restait plus de 24heures avant un débrayage. Depuis quelques jours, elle se demande même s'il ne faudrait pas modifier le Code canadien du travail. En attendant, c'est le CCRI qui est appelé en renfort.

La situation, il faut le reconnaître, est dans une rare impasse. Les agents de bord viennent de rejeter une deuxième entente de principe en moins de deux mois, malgré la recommandation de leur exécutif. Les négociateurs syndicaux ont beau plaider la frustration de leurs membres «après une décennie de concessions» et presser le transporteur de revenir à la table, leur statut d'interlocuteurs est sérieusement ébranlé. D'autant plus qu'ils étaient sincèrement convaincus de la valeur de la deuxième entente, dont ils estimaient qu'elle répondait à 80% des demandes. De toute évidence, ils ont mal évalué, ou géré, les attentes de leurs membres. On a hâte de voir ce que le CCRI pourra faire avec ça!

Ottawa cherche peut-être à élargir la portée des services essentiels pour inclure le transport, spécule le professeur de gestion Ian Lee, de l'Université Carleton. La loi fédérale se limite pour l'instant à des services gouvernementaux, comme la sécurité frontalière. Air Canada est-il un service essentiel? Si la ministre Raitt est de cet avis, qu'elle le dise. Et qu'elle cesse de se réfugier derrière la prétendue fragilité de l'économie - un discours qui va finir par vraiment nuire à l'économie.