La crainte suscitée par la décote de la dette américaine n'est rien comparée à la perspective d'une nouvelle récession.

On avait beau s'attendre à une ruée vers la sortie, la débandade des marchés boursiers était saisissante hier. Rien de tel du côté des bons du Trésor américain, la décote de Standard & Poor's n'ayant visiblement pas entamé la confiance des investisseurs. On ne peut pas en dire autant de l'économie occidentale. La grande crainte qui domine en ce début d'août, c'est de voir la fragile reprise noyée sous une nouvelle vague récessionniste. Une vague qui ferait replonger Européens et Américains alors qu'ils sortent à peine la tête de l'eau, et que leurs gouvernements n'ont plus les moyens, cette fois, de les aider par de coûteux plans de sauvetage.

Qu'aurait pu dire le président Obama dans ces circonstances? Son intervention, programmée en pleine séance boursière, n'a été d'aucun secours - l'indice Dow Jones a plongé sous la barre des 11 000 points dans les minutes qui sont suivies.

Plusieurs accusent l'agence de notation S&P d'ingérence politique, pour ne pas avoir limité son analyse aux données fondamentales de l'économie américaine dans son rapport de vendredi dernier. Pourtant, l'incertitude entourant l'adoption de mesures visant à réduire les dépenses et augmenter les revenus de l'État n'est pas une opinion, mais un fait. On l'a vu dans les semaines qui ont précédé le relèvement du plafond de la dette, et personne n'attend de miracle du comité bipartite imaginé pour sortir de cette impasse.

L'existence même de ce comité tout comme l'odeur de réchauffé de l'allocution présidentielle d'hier montrent l'ampleur de la paralysie qui afflige ce pays - et ce, au moment où le monde aurait désespérément besoin qu'il se redresse et s'engage dans une direction claire. Ça vaut pour la dette, tout comme pour l'état général de l'économie. Comme l'a rappelé Obama avec justesse, ce ne sont pas les idées qui manquent, mais la volonté politique.

Si républicains et démocrates finissent par s'entendre sur quelque chose, ce sera pour épurer les finances publiques et non pour créer de l'emploi ou susciter des investissements. Bref, rien pour relancer l'économie à court terme. Au contraire, réduire les dépenses de l'État risque d'anémier encore davantage une croissance déjà au bord de l'évanouissement.

On se réjouit au Canada de s'être infligé cette médecine dans les années 90. On la recommande avec insistance à tous ceux qui en ont besoin. Mais il faut dire les choses franchement. C'est un exercice pénible et frustrant pour la population, douloureux même pour les citoyens et les organismes les plus dépendants des fonds publics, et qui met du temps à donner des résultats. Et nous avons eu la chance de le faire durant une période où les consommateurs étrangers, en particulier nos voisins américains, achetaient nos exportations avec enthousiasme.

Le scénario est pas mal plus sombre en cette fin d'été 2011. Les plus impressionnables se ruent vers la sortie, les autres s'agrippent à leur siège en espérant que le pire puisse être évité.