Mieux vaut ne pas souffrir de problèmes de santé mentale dans le territoire desservi par l'hôpital de Saint-Jérôme. C'est le dernier endroit où l'on voudrait se faire soigner, révèle l'enquête de l'Ordre des infirmières et du Collège des médecins. Espérons que ce rapport dévastateur fasse enfin bouger les choses.

Ariane Krol LA PRESSE

Fenêtres givrées empêchant de voir à l'extérieur, moisissure dans les douches, manque d'espace et d'équipement... Trois étages du Pavillon Jeanne-Mance sont «vétustes, déprimants, non sécuritaires et insalubres», concluent les médecins et infirmières qui ont enquêté sur les lieux.

Plus grave encore, les pratiques médicales elles-mêmes sont dépassées, témoignent ces professionnels. Si leur description est plutôt générique (mauvaise communication, documentation insuffisante, manque d'infirmières et de formation, quasi-absence de travail en équipe et de liens avec la communauté), ses conséquences donnent froid dans le dos. «Ça se traduit par beaucoup de médication et peu de thérapie, on donne d'entrée de jeu une médication très forte avec des effets secondaires qui peuvent durer trois semaines», mentionne la présidente de l'Ordre des infirmières, Gyslaine Desrosiers. Les patients sont souvent mis en isolement et filmés par des caméras, au lieu d'être surveillés et accompagnés par du personnel qualifié. On a nous-mêmes l'impression de regarder un film dont l'action se déroulerait il y a un demi-siècle, dans un de ces endroits qui ne méritaient pas le nom d'asile.

La Protectrice du citoyen a levé un coin de voile l'an dernier en dénonçant le cas d'une patiente hospitalisée contre son gré, à qui on marchandait l'accès à ses vêtements en échange du respect de sa médication. Le rapport des deux ordres professionnels est encore plus accablant. Il ne nous parle pas seulement des droits et de la dignité d'une patiente, mais d'une population de plus d'un demi-million de personnes, à la merci des soins psychiatriques médicalement inadéquats de cet établissement.

Québec et le directeur du centre de santé et de services sociaux de Saint-Jérôme promettent que la situation «sera corrigée avec la plus grande célérité». On n'en attend pas moins d'eux. Surtout que les pratiques professionnelles peuvent être améliorées rapidement, assure le président du Collège, le Dr Charles Bernard. Et qu'il y a quand même des professionnels de qualité dans ce département. Il serait grand temps de les écouter. Il faudra aussi prendre des mesures pour améliorer les lieux, car le nouveau pavillon ne sera pas prêt avant quatre ans.

Ce type d'enquête sur un département entier est rarissime pour ces deux Ordres. Ce qui ne les a pas empêchés de produire rapport et recommandations en trois mois pile. Il est donc plutôt encourageant de les voir au comité de vigie ministériel chargé d'accompagner le CSSS dans sa réhabilitation. On compte sur eux pour maintenir la pression, et sonner l'alarme au besoin.

akrol@lapresse.ca

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