«Je vis tellement au-dessus de mes moyens qu'on pourrait presque dire que nous menons deux existences distinctes.» Cette citation attribuée au poète américain E.E. Cummings s'applique, hélas, à de plus en plus de Canadiens.

«Je vis tellement au-dessus de mes moyens qu'on pourrait presque dire que nous menons deux existences distinctes.» Cette citation attribuée au poète américain E.E. Cummings s'applique, hélas, à de plus en plus de Canadiens.

Les trois quarts des familles sont endettées, et pas qu'un peu. De 119 000$ en moyenne, plus du double d'il y a 25 ans, souligne une étude de Statistique Canada publiée cette semaine. Oui, l'hypothèque y est pour beaucoup. Mais contrairement à la croyance populaire, ce n'est pas toujours une «bonne dette».

Chez Option Consommateurs, où l'on conseille des gens qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts, on a vu arriver une nouvelle clientèle depuis quelques années : des Montréalais qui possèdent des revenus moyens, des diplômes universitaires, une maison. Certains ne pouvaient pas se permettre d'acheter une propriété, d'autres n'ont plus les moyens de la garder.

Statistique Canada n'est pas la première à attirer l'attention sur ce phénomène. La Banque du Canada et même des banques commerciales s'en sont inquiétées. Avec raison. Ces créances que beaucoup de consommateurs peinent déjà à rembourser vont coûter encore plus cher lorsque les taux d'intérêt augmenteront.  

Jusqu'en 1994, l'endettement respectait le revenu disponible. Depuis, ces deux éléments du budget se sont tellement éloignés l'un de l'autre qu'ils donnent l'impression de mener deux existences distinctes. On doit maintenant 1,48$ pour chaque dollar gagné - un ratio dette-revenu record de 148%.

Ce ratio est moins lourd chez les 50 à 64 ans (131%), ce qui est une bonne chose à l'approche de la retraite. Mais dans les familles de 19 à 49 ans, il dépasse les 171%. L'élastique est tellement tendu qu'un rien suffirait à le faire claquer entre les doigts.

Les organismes comme Option Consommateurs sont aux premières loges de ce qui risque de se produire lorsque les taux d'intérêt se mettront à grimper. Car si cette variable-là est encore sous contrôle, d'autres frappent sans crier gare. Une séparation, une perte d'emploi, même une simple réduction des heures de travail peuvent avoir un effet dramatique lorsqu'on n'a aucune marge de manoeuvre financière. Et celui qui n'est pas trop endetté, mais utilise son crédit comme marge de manoeuvre s'enfoncera rapidement dans le même cul-de-sac.

On peut toujours blâmer la faible progression des revenus, les coups du sort ou la surconsommation, mais il faut bien se rendre compte que tous ces facteurs auraient un effet beaucoup plus limité si le crédit n'était pas aussi accessible. Quand presque tous les citoyens s'en font offrir davantage qu'ils ne peuvent en assumer, il ne faut pas s'étonner que certains s'en servent à mauvais escient, pour compenser un manque à gagner ou faire des achats dont ils n'ont pas les moyens.

Hélas, le crédit ainsi utilisé comme une drogue, pour se déconnecter de la réalité ou pour la magnifier, prépare souvent un réveil brutal.