Furieux contre les changements imposés à leur principal programme de soutien, les agriculteurs ont pris le sentier de la guerre. Ou plutôt, le sentier des motoneiges. Si Québec refuse de céder, ils barreront les pistes qui traversent leurs terres, ce qui privera les régions d'importants revenus touristiques. Mais ce scénario, en apparence dramatique, a encore de bonnes chances de connaître un dénouement heureux.

Il faut dire que la scène a un air de déjà-vu. En 2005, à la même période de l'année, l'Union des producteurs agricoles faisait planer une menace identique sur la saison de motoneige. L'enjeu a changé, le président de l'UPA aussi, mais le syndicat agricole est toujours aussi déterminé. Le ministre de l'Agriculture, par contre, est le même qu'il y a cinq ans. Et comme en 2005, Laurent Lessard pourrait bien en arriver à une entente avant la fin de l'année. Le plus tôt sera le mieux. Pas à n'importe quel prix, toutefois.

Rappelons que le conflit porte sur le calcul des paiements que les agriculteurs reçoivent en assurance stabilisation des revenus (ASRA). Un quart des fermes auparavant incluses dans le calcul des coûts de production, les moins performantes, n'en feront plus partie. Ce qui aura pour effet de réduire les indemnités.

Les producteurs exigent le retrait de ces 25% qui, disent-ils, pousseront plusieurs d'entre eux à la faillite. La Financière agricole, gestionnaire du programme, minimise l'impact de la mesure, jugée indispensable au respect de son budget. Faux, rétorque l'UPA, qui prévoit plutôt des centaines de millions de dollars de surplus.

La situation n'est peut-être pas aussi bloquée qu'il y paraît. Les parties se parlent encore. Le ministre Lessard assure que «le 25%» n'a pas pour but d'engranger des excédents, et il promet de les reverser aux agriculteurs s'il y en a.

Si les prévisions de l'UPA sont justes, ses membres retrouveront leur argent au bout du compte. Et si ces surplus s'avèrent récurrents, la Financière pourra assouplir ses méthodes de calcul. En attendant, elle ne peut pas prendre le risque de faire de nouvelles pertes. Québec a épongé son monstrueux déficit l'an dernier, on ne va pas remettre ça tous les 10 ans.

Le ministère de l'Agriculture, de son côté, pourrait accorder davantage de temps aux fermes les plus touchées par ses mesures, jusqu'à ce que ses programmes visant à améliorer leur rentabilité donnent des résultats.

Le conflit ne sera peut-être pas résolu avant le passage de Laurent Lessard au congrès de l'UPA, mercredi prochain. En 2005, le différend sur la fiscalité municipale avait traîné jusqu'au 21 décembre.

On aimerait cependant que ça se règle plus tôt cette fois-ci. Le ministre prévoit déposer sa nouvelle politique bioalimentaire avant la fin de la session. Un document attendu, qui orientera la façon dont l'agriculture se pratique pour de nombreuses années. Il serait important de pouvoir en discuter dans un climat plus serein que celui qui prévaut actuellement.

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