Que fait-on quand on est coincé entre l'arbre et l'écorce? Le gouvernement Harper a choisi de gagner du temps. Il dit non à BHP Billiton, tout en se gardant bien de lui fermer la porte. Au contraire, elle est grande ouverte à une contre-offre. Le problème de fond, le contrôle de Potash Corp. par une société étrangère, n'est donc pas réglé.

Que fait-on quand on est coincé entre l'arbre et l'écorce? Le gouvernement Harper a choisi de gagner du temps. Il dit non à BHP Billiton, tout en se gardant bien de lui fermer la porte. Au contraire, elle est grande ouverte à une contre-offre. Le problème de fond, le contrôle de Potash Corp. par une société étrangère, n'est donc pas réglé.

Le ministre de l'Industrie a le sens du suspense. Après avoir promis une réponse mercredi, puis précisé qu'il attendrait la fermeture des marchés, Tony Clement a fait patienter tout le monde jusqu'à 17h50. Et ce n'est qu'au terme d'une longue introduction, où il semblait préparer le terrain à une annonce impopulaire (un feu vert à la transaction), qu'il a enfin lâché le morceau. L'offre de l'australienne BHP Billiton n'est pas à l'avantage du Canada, a-t-il déclaré. C'est non... pour l'instant. BHP a 30 jours pour réévaluer la situation, s'est empressé d'ajouter le ministre Clement.

Les conservateurs s'épargnent donc, pour quelque temps encore, l'odieux de trancher cette question. On les savait coincés entre leurs électeurs de l'Ouest et leurs principes de libre-marché. Sauf qu'ils nous ont tellement habitués à des décisions impopulaires qu'on n'aurait même pas été surpris de les voir sacrifier les premiers aux seconds. Leur choix de réponse montre à quel point la situation était intenable pour eux.

Un tollé à la perspective qu'un autre actif canadien tombe entre des mains étrangères, passe encore. Des déclarations incendiaires d'un premier ministre provincial aussi, on en a vu d'autres. Mais dans une province où les conservateurs, toujours minoritaires, détiennent 13 sièges sur 14? Alors que les gens d'affaires albertains eux-mêmes s'opposent à la transaction? Et que les milieux financiers soulignent que c'est peu cher payé? Le gouvernement Harper aurait eu bien du mal à justifier un accord sans condition.

Sauf que son refus n'est pas définitif. C'est une position de négociation. Le prétendant est invité à retourner potasser ses leçons, et à se représenter d'ici 30 jours. BHP continuera à coopérer avec le ministre et la Division de l'examen des investissements, et évaluera ses choix, a confirmé l'entreprise. Il faut dire qu'elle est sous pression. Les marchés attendent une grosse transaction depuis des années, et l'exploitation de la potasse compléterait à merveille son portefeuille d'activités minières. Il ne serait donc pas étonnant que les Australiens reviennent à la charge.

Cependant, on ne voit pas comment ils pourront atteindre leur objectif sans susciter une nouvelle levée de boucliers. Une offre plus généreuse amadouerait peut-être les actionnaires, mais elle n'apaiserait en rien les autres Canadiens qui se sentent dépossédés par cette prise de contrôle étrangère.

Le problème, pour le gouvernement Harper, reste entier: privilégier sa base électorale, ou la réputation du Canada comme place d'affaires. Et cette fois, il n'aura pas le choix de s'expliquer.