La Société des alcools a décidé de s'ouvrir à la concurrence... à l'extérieur du Québec. Ça ne fait pas l'affaire des agences privées de l'Alberta, qui dénoncent l'intrusion du monopole dans leurs plates-bandes. Leur province n'est pourtant qu'un des marchés visés. La coentreprise créée par la SAQ devra en conquérir bien d'autres pour que son modèle d'affaires soit viable.

La Société des alcools a décidé de s'ouvrir à la concurrence... à l'extérieur du Québec. Ça ne fait pas l'affaire des agences privées de l'Alberta, qui dénoncent l'intrusion du monopole dans leurs plates-bandes. Leur province n'est pourtant qu'un des marchés visés. La coentreprise créée par la SAQ devra en conquérir bien d'autres pour que son modèle d'affaires soit viable.

Le DG de l'association des importateurs de vins et spiritueux, qui représente 90% des produits entrant en Alberta et en Colombie-Britannique, l'a en travers de la gorge. «Vingt-cinq millions d'argent des contribuables qui viennent concurrencer le secteur privé, c'est un pas en arrière!», s'indigne Tim Crowhurst.

La réaction est compréhensible. Ça fait 17 ans que l'Alberta s'est retirée de la vente au détail d'alcool, laissant libre cours à la concurrence. Les commerçants indépendants s'approvisionnent auprès des agences privées qui font affaire dans la province. Aucune, évidemment, n'a les volumes de la SAQ.

Malheureusement pour les Albertains, la taille n'est pas, en soi, un critère de concurrence déloyale - sinon, bien peu de multinationales auraient droit de cité dans leur province. Pas plus que le statut de monopole d'État, aussi irritant soit-il pour eux. La SAQ ne s'attaque pas à de nouveaux marchés pour y vendre à perte et y dilapider des subventions. Au contraire. Cette activité, comme son fonds de commerce actuel, a intérêt à dégager des profits.

Quant à l'argent des contribuables, rappelons que la SAQ finance seulement la moitié de la société en commandite créée pour développer de nouveaux marchés. Le reste provient du Fonds de solidarité FTQ et de Fondaction CSN.

La SAQ négocie 900 millions de dollars d'alcool par an, ce qui en fait l'un des cinq plus gros acheteurs de l'industrie. Si ses services et son expertise trouvent preneur à l'extérieur du Québec, elle aurait tort de s'en priver.

Cela dit, ce n'est pas fait. Le plus gros détaillant de vins et spiritueux au Canada, l'Albertain Willow Park, est intéressé. Il a... trois magasins! Et  pour lui, l'entreprise québécoise n'est qu'un fournisseur de plus. Il n'a pas l'intention d'y concentrer tous ses achats. Aux États-Unis, chaque État a ses propres règles. Les marchés, on le voit, vont devoir se gagner un à un.

La coentrepris lorgne aussi du côté de la Chine, qui a grand soif de vin. La SAQ a ses entrées dans les vignobles, mais ce n'est qu'un début. En ce moment, les acheteurs chinois payent plus cher que tout le monde. Si les Québécois veulent des stocks pour ce territoire, ils vont devoir y mettre le prix.  

Bref, si la société en commandite veut atteindre son objectif de 50 à 100 millions de ventes d'ici trois à quatre ans, elle a intérêt à s'atteler. Comme n'importe quel nouveau concurrent.