Une petite école de Waterloo, en Estrie, impose le silence durant les repas. Le calme est revenu, mais à quel prix?

Une petite école de Waterloo, en Estrie, impose le silence durant les repas. Le calme est revenu, mais à quel prix?

Pour un établissement qui compte seulement 300 élèves, de la maternelle à la deuxième année, l'école Notre-Dame fait beaucoup jaser. Son nouveau règlement interdisant aux enfants de parler en mangeant suscite de vives réactions. Si certains trouvent qu'un quart d'heure de silence ne peut pas faire de tort, plusieurs considèrent que c'est trop demandé à des enfants de cet âge. Le plus préoccupant, selon nous, est la connotation négative ainsi donnée au repas.

Les directions de l'école et de la commission scolaire ne manquent pas d'arguments pour défendre leur décision. Le volume sonore était vraiment trop élevé, de l'avis même de certains enfants, et les autres approches pour le contrôler n'ont pas fonctionné. Le règlement ne touche que la période durant laquelle les enfants mangent à l'intérieur - une quinzaine de minutes. Le reste de la récréation se passe dehors sans contrainte. La majorité des parents qui ont répondu au questionnaire envoyé par l'école sont d'accord. Les enfants sont heureux, assure-t-on. D'ailleurs, ils ont le droit de chuchoter.

Notre-Dame n'est pas un cas unique. D'autres écoles primaires québécoises imposent le silence, témoignent des parents sur internet. La mesure aurait l'avantage d'inciter les enfants à manger rapidement pour pouvoir aller jouer dehors avec leurs amis.

Cette priorité donnée à l'ingestion au détriment de la socialisation durant le repas laisse perplexe. On dirait une corvée dont il faut se débarrasser au plus vite. Beaucoup d'enfants fonctionnent ainsi à la maison, toujours pressés de quitter la table. C'est vrai. Sauf que l'école ne devrait pas renforcer ce comportement.

Manger avec ses congénères est un incontournable de la vie en société. À table, on retrouve ses proches, on apprend à connaître ses collègues, on développe des relations d'affaires, on séduit. Celui qui n'y est pas à l'aise est bien mal parti dans la vie.

L'enthousiasme, le nombre de convives ou le bruit de fond incitent parfois à hausser le ton. Certains restaurants et certains soupers de famille sont ainsi plus animés que d'autres. S'il n'y a pas d'hostilité, où est le problème?

Les Nord-Américains que nous sommes avons déjà trop tendance à évacuer la convivialité du midi. On mange sur le coin du bureau, devant l'ordinateur, en voiture ou même en marchant. Rapide et efficace. Pour la digestion et le bien-être général, par contre, on repassera.

Évidemment, quand des élèves se tirent de la nourriture par la tête, ou crient, c'est autre chose. Qu'on intervienne sur ces points précis. Mais si des enfants de 5 à 7 ans ont déjà compris qu'un repas peut être autre chose qu'un arrêt obligé pour faire le plein, et ont envie de se parler, on ne leur enseignera rien de valable en les en empêchant.