La foule rassemblée samedi dans l'amphithéâtre naturel des plaines d'Abraham était impressionnante. Sa réponse à l'évocation des Nordiques aussi. Pas de doute: si une équipe de la LNH revient à Québec, elle n'aura pas à se chercher des fans. Reste à trouver comment la loger.

Les organisateurs de la Marche bleue avais mis la barre très haut. Ils l'ont franchie avec aisance. Plus de 50 000 participants. Une vingtaine d'anciens joueurs des Nordiques, y compris les légendaires Stastny, dont Peter et Anton, venus expressément d'Europe. De nombreux députés, l'aspirant propriétaire du club, une organisation bénévole de calibre. Si Gary Bettman, commissaire de la LNH, ne voit pas le potentiel de ce marché, il peut toujours s'essayer à Honolulu.

Reste à voir ce que Stephen Harper, autre destinataire de cet appel du pied, en a retenu. Le message de la foule, en tout cas, était sans équivoque. On ne déplace pas 50 à 60 000 personnes pour appuyer la construction d'un amphithéâtre, aussi multifonctionnel et potentiellement olympique soit-il. Tous ces gens vêtus de bleu réclamaient le retour des Nordiques. Le maire Labeaume a beau répéter que même sans équipe de hockey, sa ville aurait besoin d'un tel édifice, inutile de se leurrer. S'il n'était pas question de la LNH, ce projet de Colisée ne soulèverait pas grand passion. Ni un tel sentiment d'urgence.

Sans la LNH, sans cette impression que la conjoncture n'a jamais été aussi favorable et qu'elle ne durera pas, c'est l'empressement du gouvernement Charest qui aurait paru anormal. Depuis quand les politiciens sortent-ils le chéquier sans se faire prier? Sans élections à l'horizon?

Mais si Stephen Harper ouvre la porte au cours des prochains jours, attendez-vous à des promesses à la prochaine campagne, dès le printemps peut-être. Courtiser l'électorat de la grande région de Québec, qui a de si belles dispositions conservatrices, sera proprement irrésistible.

Sauf que la manoeuvre est risquée. Le reste du Canada, et bien des Québécois, s'y opposent. Nous sommes nombreux à refuser que l'argent de nos impôts serve à soutenir des équipes de sport professionnel.

Il est pourtant possible d'appuyer cet amphithéâtre sans créer un coûteux précédent. Ottawa peut offrir une enveloppe pour sa mission culturelle - il ne fait pas de doute qu'un nouvel amphithéâtre attirerait des spectacles qui n'auraient pas fait le détour autrement. Et s'engager à donner plus si la capitale obtient les Jeux en 2015 serait alors tout à fait justifiable.

Ça ne satisfera pas le maire, qui veut un engagement immédiat pour 45% de la facture. Mais c'est plus défendable qu'un chèque en blanc. Si Québec veut son amphithéâtre rapidement, il va devoir continuer à se mobiliser. Le groupe J'ai ma place a déjà récolté plus de 12 millions de dollars. Il faut maintenant trouver des investisseurs privés qui croient vraiment au projet, au point d'y prendre une participation significative.