Payer un supplément va-t-il devenir la norme pour avoir accès à un médecin de famille? Les cas soulevés récemment dans les médias exigent qu'on se pose sérieusement la question. La situation est inquiétante, surtout quand un patient risque de perdre son médecin faute de pouvoir payer pour continuer à le voir.

Payer un supplément va-t-il devenir la norme pour avoir accès à un médecin de famille? Les cas soulevés récemment dans les médias exigent qu'on se pose sérieusement la question. La situation est inquiétante, surtout quand un patient risque de perdre son médecin faute de pouvoir payer pour continuer à le voir.

Malgré des années à chercher, à s'inscrire sur des listes et à demander à chaque omni consulté sans rendez-vous s'il les prendrait comme patient, des milliers de Québécois ne trouvent pas de médecin de famille. Au point où plusieurs acceptent de verser des dizaines, voire des centaines de dollars par an à une coop ou une clinique, sous forme de frais annuels ou de tests obligatoires, pour bénéficier enfin d'un suivi médical.

Le hic, c'est que ces pratiques font parfois des dommages collatéraux. Quand un médecin de famille va exercer dans une clinique ou une coop qui impose des frais, il place ses patients devant un choix difficile: payer davantage, ou perdre leur médecin traitant. Plusieurs se résigneront à payer, mais certains n'en ont pas les moyens. Dans tous les cas, c'est un recul du point de vue de l'accès.

Les reportages diffusés dans La Presse et à La Facture cette semaine nous interpellent. Quand une patiente risque de perdre le médecin qu'elle voyait au CLSC ou en cabinet privé parce que celui-ci a déménagé ses pénates dans une coopérative de santé exigeant des frais annuels, il y a un problème. Que la coop en question offre des plages sans rendez-vous aux non-membres ne change rien à l'affaire: pour les patients qui avaient un médecin, ce n'est pas le même niveau de suivi.

Le modèle coopératif n'est pas à blâmer. Dans bien des cas, ça a été le seul moyen d'attirer ou de garder des médecins dans une région. Qu'un milieu se cotise pour se doter d'un tel service, c'est compréhensible. Mais quand le service existe et qu'on le rend conditionnel à des frais supplémentaires, on ne peut pas parler d'un progrès.

Les pratiques de certaines coops et cliniques font l'objet d'une enquête à la RAMQ. Exiger une contribution financière d'un assuré pour avoir une priorité d'accès à un médecin contrevient à la Loi, rappelle la Régie. «Il y a une réflexion à faire», ajoute-t-on au bureau du ministre de la Santé.

Cette réflexion ne doit pas se limiter aux dérives sporadiques. Le noeud du problème, c'est la capacité de suivre de patients qui est insuffisante. Augmentons cette capacité et il deviendra très difficile de tarifer l'accès. Qui voudra payer une prime s'il n'y a plus de rareté?

Une partie de la solution réside dans les négociations que Québec mène actuellement avec la Fédération des omnipraticiens. Il ne s'agit pas d'acquiescer aveuglément à toutes les demandes. Mais tant que les conditions de rémunération et l'organisation des soins n'inciteront pas les jeunes médecins à choisir la médecine familiale et à suivre des patients, les Québécois qui se cherchent un médecin auront bien du mal à en trouver un.