Comme on pouvait s'y attendre, le témoin Bellemare a fini par demander son statut de participant à la commission Bastarache. Son avocat pourra contre-interroger les autres témoins, qui devraient commencer à défiler mardi prochain. Espérons que l'exercice nous éclairera davantage que les audiences de cette semaine.        

Peu importe ce que Marc Bellemare a dit de cette commission devant laquelle il ne voulait pas comparaître. Il aurait été absurde qu'il se prive de contre-interroger les autres témoins après avoir lui-même subi ce traitement. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne requière le statut de participant. On peut toutefois se demander pourquoi il a tant tardé. S'il s'en était occupé jeudi dernier, son avocat aurait eu trois jours pour consulter les documents de la commission. Celle-ci n'aurait pas perdu un jour et demi d'audiences cette semaine pour lui permettre de le faire. Mais bon, au point où on en est. On savait déjà que la commission ne respecterait pas son horaire initial, ce contretemps n'est sûrement pas le dernier.

On peut aussi se demander quel besoin Me Bellemare avait d'émailler sa demande de phrases choc comme «les forces en places sont démesurément disproportionnées», ou d'affirmer être «le pivot central de cette commission», «le seul à pouvoir contre-interroger adéquatement la majorité des témoins prévisibles».

Mais autant se demander pourquoi Marc Bellemare est Marc Bellemare. Question qui, bien qu'elle puisse présenter un intérêt pour un psychanalyste ou pour certains commentateurs, n'est absolument pas pertinente dans le cadre de cette commission.

Or, des éléments sans rapport avec le mandat de la commission, il y en a eu pas mal cette semaine. Mandat qui, ne l'oublions pas, est de faire la lumière sur les allégations de Marc Bellemare, et non sur le personnage lui-même. Sous couvert de tester sa crédibilité, les avocats ont multiplié les coups de sonde en des terrains souvent bien éloignés du but. Assez pour que le commissaire Bastarache les ramène plusieurs fois à l'ordre. «Je ne pense pas que ce sont des questions qu'on devrait poser», a-t-il même dit à un moment. Chose certaine, l'ex-juge n'a rien fait pour confirmer les doutes exprimés par Marc Bellemare au sujet de son indépendance. Au contraire: par moments, il semblait avoir plus d'objections que l'avocat du témoin.

Au final, rappelons-le, ce n'est pas sur la crédibilité de Me Bellemare que devra se prononcer la commission, mais sur la crédibilité de ses allégations. Et si elle n'a que ceci pour juger de cela, elle n'ira pas bien loin. Pour déterminer si des nominations ont été faites sous influence, il faudra du concret. Ce qu'on nous a présenté jusqu'ici, notes et correspondance de fonctionnaires par exemple, est ambigu. Leurs auteurs pourront-ils fournir une interprétation claire, qui ne laisse pas de place au doute? D'autres témoins amèneront-ils d'autres éléments? Souhaitons-le. Autrement la commission accouchera d'un rapport tiède, aux conclusions prudentes, qui ne videra pas la question pour laquelle elle a été créée.