Toutes ces questions impliquant de tierces personnes qui ne sont pas là pour donner leur version des faits rendent la commission Bastarache extrêmement frustrante. Impossible, en l'absence de ces informations, de se faire une idée juste de ce qui s'est passé.

Il faut bien l'admettre, la plupart des points soulevés en contre-interrogatoire cette semaine suscitent plus de questions qu'ils n'amènent d'éclaircissements. On aimerait avoir, comme sur le web, des hyperliens qui donnent immédiatement accès à l'information pertinente - les fonctionnaires qui ont rédigé certaines des notes déposées en preuve, par exemple. Malheureusement pour tous ceux qui suivent cette affaire, ce n'est pas ainsi que fonctionnent les commissions. On nous laisse dans le flou jusqu'à la comparution des témoins.

À défaut d'hyperliens, les contre-interrogatoires nous ont montré plusieurs fils qui dépassent dans le témoignage de Me Bellemare. Certains sont minuscules et ne mènent nulle part. On aura beau tirer dessus, ils ne détricoteront pas l'ensemble. Que l'ex-ministre ait écrit «tel que discuté» ou ait jeté un coup d'oeil à une liste de juges alors que son témoignage laissait entendre autre chose ne prouve rien. Il s'agit d'un choix de mots, pas d'une contradiction.

D'autres accrocs sont plus préoccupants. On ne comprend pas pourquoi le résultat de l'enquête de la SQ préalable à la nomination du juge Bisson n'arrive que le 7 novembre, alors que selon Me Bellemare, la décision avait été prise plus de deux mois plus tôt, le 2 septembre, quand le premier ministre Jean Charest lui aurait dit de céder aux pressions du collecteur de fonds Franco Fava. Le ministre a-t-il retardé la décision qu'on lui imposait? Me Bellemare et les procureurs ne s'entendant pas sur le sens à donner aux écrits du sous-ministre Bouchard et de la coordonnatrice à la sélection des juges Breton, on a vraiment hâte d'entendre ces deux témoins.

Autre fil agaçant: Franco Fava. Me Bellemare a beau nier l'avoir invité à une réunion de financement de son parti municipal, cet épisode refait sans cesse surface. Un deuxième collaborateur de son parti l'affirmait dans le Journal de Québec hier. Comme le souligne le commissaire Bastarache, «si M. Bellemare dit qu'il (...) subissait des pressions indues de M. Fava, c'est une question pertinente que de savoir pourquoi il aurait eu des contacts avec lui après son départ du Cabinet.» Et on ne devrait pas se contenter de témoignages pour démêler ça. Si cette rencontre d'une quinzaine de personnes a bel et bien eu lieu le 21 mars 2005 dans un resto de Sainte-Foy, il doit y avoir des traces. Une réservation, des factures, des paiements par cartes.

Mais l'hyperlien qui fait le plus cruellement défaut est celui qui pointerait vers le témoignage de Jean Charest. On voudrait pouvoir cliquer dessus immédiatement, savoir ce qu'il contient. Hélas, il va falloir attendre pour se faire une idée. Comme le commissaire Bastarache.