Les conservateurs ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes si le recensement (le recensement!) est devenu le sujet chaud de l'été. La correspondance interne qui vient d'être dévoilée le montre: ils avaient toutes les données nécessaires pour répondre adéquatement aux critiques. Ils ont préféré déformer les faits, alimentant ainsi la controverse. 

Les conservateurs ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes si le recensement (le recensement!) est devenu le sujet chaud de l'été. La correspondance interne qui vient d'être dévoilée le montre: ils avaient toutes les données nécessaires pour répondre adéquatement aux critiques. Ils ont préféré déformer les faits, alimentant ainsi la controverse. 

Le ministre de l'Industrie Tony Clement n'avait qu'une chose à dire. Une seule. Nous avons pris une décision politique, parce que nous jugeons inacceptable de menacer les Canadiens de trois mois de prison et 500$ d'amende pour les convaincre de remplir le formulaire long du recensement. Il l'a d'ailleurs dit à plusieurs reprises. Le problème, c'est qu'il n'a pas eu la sagesse de s'en tenir à ça.

On ne fait pas de manchettes avec le fait que trois nouveaux groupes par jour réclament le retour du formulaire long obligatoire. Par contre, quand un ministre refuse de répondre, puis triture les faits en impliquant une agence neutre et apolitique comme Statistique Canada, il rajoute une belle lampée d'huile sur le feu.

Son ministère savait depuis la mi-mars que même en y mettant le prix, le taux de réponse d'un recensement volontaire ne dépasserait pas 65% à 70%. «Ce qui n'est toujours pas acceptable pour un recensement», soulignait la secrétaire générale du Bureau du Statisticien en chef dans un courriel.

Pourquoi Tony Clement est-il allé dire, quatre mois plus tard, qu'il avait retenu une option présentée par StatCan, comme si l'idée de rendre le questionnaire facultatif venait de l'agence? Et pourquoi l'a-t-il qualifiée de «statistiquement valide, dont StatCan a l'impression qu'elle peut fonctionner, qui fournira l'information nécessaire»? Ce n'est pas seulement inexact, c'est une insulte au professionnalisme des gens de StatCan.

Pas étonnant que leur patron, Munir Sheikh, ait démissionné. Surtout quand on voit comment la présentation qu'il voulait donner à ses employés a été censurée. Et pas seulement pour arrondir les angles. Le censeur a imposé des corrections ridicules, comme rayer le mot «tous» de l'expression «vous tous». Geste vexatoire ou contrôle maladif? Chose certaine, le départ de M. Sheikh, quelques heures après l'annulation de son discours, n'a rien fait pour calmer le jeu.

Un projet de loi sera déposé à l'automne pour abolir les peines de prison associées aux enquêtes fédérales obligatoires, a annoncé hier le ministre Clement. Pourquoi ne pas avoir commencé par là?

Le gouvernement Harper peut très bien éliminer cette «coercition» qui le dérange tant et réinstaurer le caractère obligatoire, et la qualité, du recensement. Il devrait même pousser sa logique plus loin et réduire l'amende, qui est de 500$ actuellement. Une pénalité de 50$ suffirait à convaincre la majorité des Canadiens.

Au lieu de rallonger le formulaire court, comme ils viennent de le faire en ajoutant des questions sur la langue, les conservateurs devraient ramener le formulaire long obligatoire, et qu'on n'en parle plus.