Quatre ans après qu'un élève d'origine philippine ait été réprimandé pour sa façon de manger à l'école, le Tribunal des droits de la personne vient de condamner la commission scolaire et deux de ses employés à 17 000$ de dommages. Une victoire contre le racisme et la discrimination? Plutôt une démonstration de l'importance de régler les conflits avant qu'ils ne dégénèrent.

Quatre ans après qu'un élève d'origine philippine ait été réprimandé pour sa façon de manger à l'école, le Tribunal des droits de la personne vient de condamner la commission scolaire et deux de ses employés à 17 000$ de dommages. Une victoire contre le racisme et la discrimination? Plutôt une démonstration de l'importance de régler les conflits avant qu'ils ne dégénèrent.

L'histoire, on s'en souvient, a rapidement pris une ampleur démesurée. L'ambassadeur des Philippines à Ottawa a parlé d'affront à la culture de son pays tandis qu'à Manille, des protestataires avaient défilé devant l'ambassade canadienne. L'affaire avait pourtant commencé de façon si anodine.

Dans une école primaire de l'ouest de l'île, un élève de 7 ans se fait réprimander sur ses manières à table. Il mange avec sa fourchette et sa cuiller simultanément. Sa mère va expliquer à l'éducatrice du service de garde que c'est une façon normale de manger aux Philippines. Insatisfaite de la rencontre, elle parle au directeur de l'école, qui ne lui donne pas davantage satisfaction. Elle lui envoie une lettre recommandée, qui reste sans réponse. Peu après, son fils va dîner sans s'être lavé les mains. La surveillante lui lance devant ses camarades: «Dans ton pays, est-ce qu'on se lave les mains?» Dans les jours suivants, le directeur croise l'enfant et lui demande pourquoi sa mère a agi de la sorte. L'histoire sort dans les médias. La commission scolaire propose une rencontre à la mère, qui l'accepte mais ne se présente pas. Peu après, la commission scolaire lui envoie une mise en demeure lui reprochant d'avoir intimidé et menacé l'éducatrice.

On le voit, il y a eu plusieurs occasions de dialoguer. Malheureusement, les parties n'ont pas su les mettre à profit, envenimant plutôt la situation à chaque échange. Et comme c'est souvent le cas dans ce genre de conflit, les versions se contredisent. La Commission des droits de la personne l'a d'ailleurs reconnu en 2008: sur la plupart des points, la preuve n'est pas suffisante pour conclure à la discrimination, seul l'épisode du lavage de mains ne fait pas de doute. Le caractère inacceptable de ce commentaire ayant été établi officiellement, on aurait souhaité que les parties suivent le conseil de la Commission et retournent en médiation.

La mère, soutenue par le Centre de recherche-action sur les relations raciales, a préféré aller devant le Tribunal. Celui-ci lui a donné gain de cause parce qu'il a trouvé son témoignage, ainsi que ceux de son fils et de son mari, plus vraisemblables que ceux des défendeurs.

Pourtant, mis à part la remarque inacceptable sur l'hygiène, on est devant une histoire de manque de jugement bien plus que de discrimination. Sous-estimant ce que l'enfant et la mère ressentaient, l'école n'a pas su réagir adéquatement et a perdu le contrôle. C'est de la très mauvaise gestion de crise, mais de là à dire que ça valait 17 000$ de dommages...