«Faillite morale.» Le premier ministre britannique Gordon Brown n'aurait pas pu mieux décrire le sentiment général suscité par Goldman Sachs ces jours-ci. Car même si les pratiques reprochées à la banque d'affaires suscitent une vive indignation, rien ne prouve qu'elles contreviennent aux lois américaines sur les valeurs mobilières. Il n'est même pas certain que des mesures réglementaires puissent prévenir la répétition de telles dérives.

«Faillite morale.» Le premier ministre britannique Gordon Brown n'aurait pas pu mieux décrire le sentiment général suscité par Goldman Sachs ces jours-ci. Car même si les pratiques reprochées à la banque d'affaires suscitent une vive indignation, rien ne prouve qu'elles contreviennent aux lois américaines sur les valeurs mobilières. Il n'est même pas certain que des mesures réglementaires puissent prévenir la répétition de telles dérives.

La Securities and Exchange Commission (SEC) a lâché sa bombe vendredi dernier, en accusant la toute puissante Goldman Sachs de fraude mobilière. Faits reprochés: avoir vendu un produit financier sans informer les acheteurs qu'il avait été concocté par un investisseur ayant des intérêts contraires aux leurs.

L'histoire peut sembler aride, mais elle réunit les éléments les plus explosifs de la crise financière. Il y est question d'obligations adossées à des prêts hypothécaire résidentiels à haut risque - ces produits complexes qui ont permis au marché immobilier américain d'entraîner la finance mondiale dans sa chute. D'un de ces fonds spéculatifs qui s'est enrichi avec l'effondrement des marchés. Et, surtout, de Goldman Sachs, que tout le monde accuse de faire passer ses intérêts avant ceux de ses clients.

Dans ce cas précis, la SEC lui reproche d'avoir vendu un produit financier en cachant deux informations cruciales aux acheteurs. D'abord qu'un fonds spéculatif pariait sur la déconfiture de cette obligation pour laquelle on leur promettait une belle croissance. Et, par-dessus le marché, que ce fonds avait participé au choix des créances sur lesquelles cette obligation était adossée.

Ces deux types de clients aux intérêts contradictoires avaient une chose en commun: ils constituaient chacun une source de revenus pour la banque d'affaires. Bref, Goldman Sachs mangeait à tous les râteliers. Immoral? Pour beaucoup d'observateurs, en particulier ceux qui ne gagnent pas leur vie dans la finance, ça ne fait aucun doute. Mais illégal? Ça reste à voir.

Goldman le nie, bien sûr. Et elle n'est pas la seule. Des avocats extérieurs au dossier rappellent que le produit s'adressait à des investisseurs sophistiqués, censés être capables de l'évaluer. D'autres soulignent que ce genre d'obligation dite «synthétique» nécessite, par définition, deux parties prêtes à miser dans des directions inverses, à la hausse et à la baisse. Il ne faut donc pas s'étonner que la décision d'amener Goldman devant les tribunaux ait divisé les commissaires de la SEC, comme l'a révélé hier l'agence Bloomberg.

Quoi qu'il en soit, les démocrates entendent bien profiter de ce momentum pour faire mousser leur projet de réforme financière au Sénat. Il ne faut toutefois pas se faire d'illusions. Il est peu probable que la conduite précise qui est aujourd'hui reprochée à Goldman Sachs, et dont d'autres institutions pourraient être accusées dans les prochain mois, puisse être éradiquée par des moyens réglementaires. Peu importe la forme du cadre, les financiers y feront toujours preuve d'une redoutable créativité.