Les infirmières praticiennes augmentent l'accès aux services, améliorent la qualité des soins et réduisent les coûts. Les provinces qui en ont fait l'expérience en redemandent. Au Québec, pendant ce temps, on piétine, on tâtonne, on tergiverse. Qu'est-ce qu'on attend pour leur faire une place dans le réseau de la santé?

En 2007, la régie régionale de Winnipeg a embauché une infirmière praticienne (IP) à temps plein dans un de ses centres d'hébergement pour personnes âgées. Après un an, les résidants qui prennent neuf médicaments ou plus étaient deux fois moins nombreux. L'utilisation d'anti-psychotiques avait diminué de plus de 60%. La facture totale de médicaments avait fondu de 17%, faisant économiser plus de 25 000$. De plus, le nombre de transferts à l'urgence a chuté de 20%. L'IP, qui se trouvait sur place toute la semaine, avait le temps et les compétences nécessaires pour améliorer les plans de traitement, éliminer les médicaments inutiles et éduquer le personnel et les familles.

Les IP, qui cumulent généralement un diplôme de maîtrise et plusieurs années d'expérience, peuvent effectuer des examens médicaux, commander des tests, poser des diagnostics et prescrire des médicaments. Et comme le montrent les données rassemblées par l'Association des infirmières et infirmiers du Canada, elles peuvent faire une différence dans de nombreux environnements.

En Colombie-Britannique, l'arrivée d'une IP dans un service de néphrologie où des patients attendaient leur consultation plus d'un an a considérablement raccourci les listes d'attente. Les IP peuvent aussi contribuer de façon importante aux soins de première ligne. En embaucher une a permis à une clinique de Colombie-Britannique de prendre 600 patients de plus.

L'Ontario a poussé l'idée encore plus loin en créant des cliniques dirigées non pas par des médecins, mais par des IP qui s'adjoignent d'autres professionnels de la santé. Les patients qui n'ont pas de médecin de famille y bénéficient donc d'une véritable prise en charge. La province compte quatre cliniques du genre et prévoit en ouvrir une vingtaine d'autres d'ici deux ans.

On rêve de tout ce que ces infirmières pourraient faire au Québec, où l'on cherche désespérément à améliorer l'accès sans faire exploser les coûts. On rêve, car on est encore loin de la réalité. La province ne compte qu'une soixantaine de ces professionnelles. Et malgré les déclarations politiques favorables (on en veut 500 de plus d'ici cinq ans), les universités, les candidates et les établissements qui veulent les embaucher se sont butés à d'innombrables obstacles au cours des dernières années.

Lueur d'espoir: les IP sont mentionnées à deux reprises dans le dernier budget. On nous promet une annonce «sous peu». Souhaitons qu'il s'agisse enfin d'un engagement ferme. La majorité des autres provinces l'ont compris: les infirmières praticiennes ne sont pas un luxe, mais une utilisation intelligente des ressources en santé.