L'approche est habile: surtout, ne pas toucher aux services publics. L'expérience nous a appris que chaque fois qu'on les remet en question, on déclenche un tollé qui enterre toutes les autres recommandations, soulignent les membres du comité consultatif sur l'économie et les finances publiques dans leur deuxième rapport, publié hier. Ils ne suggèrent donc pas de réduire les services, mais de dépenser mieux. Et effectivement, plusieurs de leurs constats méritent d'être entendus.

Ariane Krol LA PRESSE

La lourdeur des machines qui gèrent la santé et l'éducation, par exemple. En général, les pays de l'OCDE ont un ministère fort et des structures régionales légères. Ou l'inverse. Le Québec a les deux, notent les quatre membres du comité.

 

Il ne s'agit pas de frapper dans le tas à l'aveuglette, en abolissant les commissions scolaires, les agences de santé régionales ou un nombre arbitraire de fonctionnaires. Mais il serait grand temps de faire faire des analyses indépendantes des innombrables procédures utilisées dans ces ministères. C'est la seule façon d'identifier, et d'éliminer, celles qui sont inutiles, contreproductives, trop coûteuses ou qui se dédoublent.

Autre recommandation essentielle: que les programmes gouvernementaux soient systématiquement évalués, de façon indépendante, crédible et à l'abri des débats politiques. Et qu'on tienne compte de ces évaluations quand vient le moment d'allouer les fonds publics. Une évidence, mais qui est loin d'être la règle. À voir ce que le vérificateur général trouve lorsqu'il passe des programmes au peigne fin, l'efficacité et la cohérence ne figurent pas souvent haut de la liste des priorités... quand elles y figurent.

Le second volet du rapport, qui porte sur le financement des services publics, devrait se trouver au début. C'est avant tout par là que passera l'atteinte de l'équilibre budgétaire dans un horizon aussi rapproché (2013-2014).

Il va falloir se faire à l'idée: si on veut garder nos services intacts, il faudra payer pour. Comment? Les préférences du comité, dont fait partie Claude Montmarquette, ne surprendront personne: tarification et taxes à la consommation plutôt qu'impôt sur le revenu. Toutefois, une mise en garde s'impose. Les élus ont la fâcheuse habitude de tamiser les rapports, et de n'en retenir que ce qui fait leur affaire. «Il faut en même temps - et cela est essentiel - éviter que le recours à la taxe à la consommation n'alimente les inégalités au sein de la société», rappelle le comité. Les hausses devront obligatoirement être accompagnées de mesures de redistribution pour les Québécois à faible revenu. Ce n'est pas optionnel.

Réduire le gaspillage gouvernemental ne donnera pas de résultats aussi rapides qu'une augmentation de tarifs et de taxes. Pourtant, c'est un chantier auquel Québec doit s'attaquer aussi rapidement. Les sommes supplémentaires qui seront réclamées aux contribuables doivent servir à maintenir les services. Pas à perpétuer l'inefficacité de l'État.