Que la communauté internationale puisse rebâtir les infrastructures détruites par le tremblement de terre en Haïti ne fait aucun doute. Le vrai défi sera de favoriser l'émergence d'instances locales fortes, capables de faire croître le pays à long terme.

Ariane Krol LA PRESSE

«Ce dont nous avons besoin pour aller de l'avant, c'est un plan d'action commun qui répond aux attentes du peuple haïtien», a souligné le ministre des Affaires étrangères Lawrence Cannon hier. Souhaitons que cette vision soit partagée par tous ceux qui participent la conférence préparatoire, aujourd'hui à Montréal. Autrement, les milliards investis dans la reconstruction ne donneront pas de meilleurs résultats que ceux dépensés en aide humanitaire au cours des dernières années.

 

Pays donateurs et ONG (organisations non gouvernementales) ne partent pas de zéro. Ils connaissent bien le terrain - les efforts qu'ils y déploient représentent une part importante du budget national de ce petit pays des Antilles. Et ils disposent d'innombrables rapports et analyses expliquant pourquoi l'argent investi depuis des décennies a produit si peu de résultats. Il s'agit désormais de faire mieux.

Les plus grandes pertes de ce séisme ne sont pas matérielles. Les habitations et les infrastructures qu'on reconstruira seront sans doute de bien meilleure qualité que celles qui se sont écroulées. Ce qu'on a perdu sous les décombres, ce sont des forces vives essentielles à l'organisation d'une société. Des enseignants, des étudiants universitaires, des magistrats, des élus, des fonctionnaires, des policiers. Des gens qui avaient acquis des notions d'agronomie pour augmenter la productivité des terres. Autant d'Haïtiens qui auraient pu contribuer aux efforts de reconstruction. Leur perte s'ajoute à celle des dizaines de milliers de citoyens éduqués qui ont fui le pays au fil des ans. Ceux qui restent, on ne peut se permettre de les tenir à l'écart.

Le programme «argent contre travail» des Nations unies emploiera plus de 200 000 Haïtiens dans les opérations de déblaiement. C'est un début, mais il faut faire beaucoup plus. On entend que les fonctionnaires et les enseignants ne seront pas payés durant des mois. Va-t-on laisser tous ces gens végéter en privant leurs familles de revenus? La responsabilité de l'aide internationale ne se limite pas à couler du béton pendant que les Haïtiens attendent dans des camps. Elle doit engager la population dans cet immense chantier, de toutes les façons possibles. Y compris dans les campagnes. Les semis qui commencent en mars ne doivent pas être négligés au profit de la réhabilitation des villes. L'amélioration des rendements doit demeurer une priorité. C'est essentiel pour nourrir le pays, mais aussi pour freiner l'exode vers les villes.

Des progrès timides, mais bien réels, avaient commencé à se faire sentir avant le 12 janvier. La construction de l'État haïtien doit reprendre là où le séisme l'a interrompue.