Le suicide d'un employé de France Telecom, lundi, bouleverse l'Hexagone. C'est le 24e salarié de l'entreprise à s'enlever la vie en à peine plus de 18 mois. Et comme d'autres collègues avant lui, il a clairement identifié son travail comme élément déclencheur de son geste. De sérieuses remises en question s'imposent.

L'homme qui s'est jeté en bas d'un viaduc cette semaine avait été muté récemment dans un centre d'appels - un poste auquel il n'arrivait pas à s'adapter. Cette détresse, qu'il avait exprimée plusieurs fois au bureau, se retrouve dans sa lettre d'adieu. Il y a moins de trois semaines, c'est une employée parisienne qui a sauté par la fenêtre après avoir été informée d'un changement de supérieur. En juillet, un technicien a souligné dans une lettre que son travail était «la seule cause» de son suicide. Et il y a eu d'autres cas.

 

Le climat de travail dans l'ancien monopole d'État est-il la seule, ou même la principale raison qui ait poussé ces gens à se donner la mort? On ne le saura jamais. Mais ces signaux d'alarme sont devenus impossibles à ignorer.

La gauche réclame la tête du grand patron de FT. Déjà convoqué par le ministre du Travail il y a 15 jours, Didier Lombard a dû s'expliquer devant la commission des Affaires sociales du Sénat hier matin. La crise interne est devenue une affaire d'État.

De fait, le contexte français compte pour beaucoup dans cette histoire. Contrairement à la plupart des ex-monopoles de télécom, comme Bell Canada, FT a fait le pari de devenir concurrentielle sans sabrer son personnel. Pari un peu imposé, il est vrai, puisque des mises à pied massives lui auraient coûté très cher, aussi bien d'un point de vue politique que financier. Sa restructuration n'est pas agréable pour autant.

Les employés ne sont pas mis au chômage, mais les pressions pour qu'ils partent d'eux-mêmes ou acceptent un poste sans rapport avec leur expérience sont énormes. À cela s'ajoute une nouvelle culture de la performance qui met les collègues en concurrence et dicte des objectifs perçus par plusieurs comme inatteignables. Le tout dans un marché du travail difficile, où les bons emplois sont rarissimes. Pas surprenant que des salariés se sentent pris au piège. Note aux entreprises d'ici: la crainte du chômage ne rend pas la mauvaise gestion plus tolérable.

Toutefois, ce n'est pas en démettant le PDG qu'on va régler le problème. Dans une entreprise de cette taille, ce sont les pratiques au quotidien, bien plus que la personnalité du dirigeant, qui influencent le climat de travail. La société va devoir développer de meilleures stratégies pour garantir sa rentabilité. Car jusqu'ici, elle a surtout réussi à créer un grand désarroi. Pour mobiliser les troupes et leur redonner confiance en l'avenir, il va falloir que des changements notables se fassent sentir chez France Télécom. Autrement, il ne faudra pas s'étonner que d'autres désespérés lui attribuent, à tort ou à raison, la responsabilité de leur geste.