«Écoutez votre prof et faites vos devoirs.» En ce jour de rentrée des classes américaine, le message ne devrait surprendre personne. Mais dans la bouche de Barack Obama - ou, plutôt dans l'esprit tordu de certains de ses détracteurs - un discours est forcément une tentative de manipulation. Et ce, même si l'auditoire n'est pas en âge de voter.

Le président Obama, qui s'est prêté au jeu de l'interview avec un écolier floridien le mois dernier, s'adressera aux jeunes de tout le pays ce midi. En direct d'une école secondaire de la Virginie, il leur parlera de l'importance d'avoir des rêves et d'étudier pour les réaliser. Il insistera sur l'effort, la persévérance et la responsabilité de chacun dans l'atteinte de ses objectifs. La quintessence des valeurs traditionnelles. Pourtant, l'idée que ce discours puisse être présenté en classe a déclenché une controverse sans précédent.

 

Des parents ont exigé que leur école le boycotte ou, à défaut, que leurs enfants en soient exemptés. Certains les ont même gardés à la maison pour plus de sûreté. Des critiques de droite en ont rajouté, accusant Obama de vouloir endoctriner les enfants et de profiter de l'occasion pour vendre son programme politique. On croit rêver.

Pour calmer le jeu, le département de l'Éducation a modifié la feuille d'exercices accompagnant le discours, éliminant la question où l'on demandait aux écoliers d'écrire une lettre indiquant «comment ils pouvaient aider le président». La Maison-Blanche a aussi accepté de dévoiler le texte de l'allocution hier, afin que les parents puissent en prendre connaissance.

Le discours, qui s'adresse aux écoliers de la première à la 12e année, est un peu long et contient des passages sans doute trop abstraits pour les plus jeunes du primaire. Mais le président leur parle aussi de choses drôlement concrètes, comme la difficulté de vivre avec une mère seule et de manquer d'argent. S'il cite son parcours, c'est plus par souci de crédibilité que pour se donner le beau rôle - il évoque un élève un peu dissipé, qui a fait des mauvais coups et a eu de la chance.

Dans la plupart des pays, un tel discours susciterait au mieux de l'indifférence, au pire des critiques sur la futilité de l'exercice. Un chef d'État qui vante les vertus de l'école? Où est la nouvelle? Mais de toute évidence, beaucoup d'Américains ont encore du mal à accepter que Barack Obama soit leur président. Ils voient des intentions politiques dans le plus banal de ses discours, comme s'il était en pleine campagne électorale et, donc, n'avait pas encore été élu. Après plus de 200 jours de mandat, c'est une forme de déni assez inquiétante.