La patiente qui apprend qu'elle a un cancer du sein devrait au moins pouvoir se raccrocher à une certitude: celle de recevoir le traitement le plus efficace possible. Mais aujourd'hui, des milliers de Québécoises sont minées par le doute. Et si le labo s'était trompé? On ne peut pas les laisser en suspens. Le ministre de la Santé et l'Association des pathologistes doivent tout faire pour leur donner l'heure juste, le plus rapidement possible. D'autant que rien pour l'instant ne justifie qu'on cède à la panique.

Ariane Krol LA PRESSE

On sait, grâce à Radio-Canada, que l'Association des pathologistes du Québec a soumis 25 labos publics à des contrôles de qualité à leur insu. Et que les résultats sont inquiétants. Le taux d'erreur pour certains tests atteint 30% dans certains endroits. C'est comparable à Terre-Neuve, nous dit l'association.

 

La comparaison n'est pas bénigne. En 2005, la province maritime a fait refaire plus d'un millier de tests de cancers du sein. Elle s'est aperçue avec horreur que plus du tiers étaient erronés. Près de 400 cas en huit ans. Près de 400 femmes qui, à cause d'analyses de labo mal faites, n'ont pas reçu le traitement auquel elles avaient droit. Cette erreur a-t-elle influencé le cours de leur maladie? On ne le saura jamais. Mais aujourd'hui, plus du quart d'entre elles sont mortes. Imaginez le désarroi de leurs proches. Imaginez l'angoisse de celles qui sont encore vivantes. Et imaginez la colère de la cinquantaine d'autres à qui l'on a diagnostiqué un cancer au stade avancé alors que ce n'était pas le cas - certaines ont même subi une mastectomie.

Maintenant, réfrénons notre imagination et revenons-en aux faits. Aucune information ne nous permet de croire qu'un tel psychodrame se prépare au Québec. Absolument aucune. Ça ne dissipe pas tous les doutes, mais c'est l'information qu'il faut avoir en tête. Car pour l'instant, c'est la seule dont on soit certain.

À cause de cette enquête, et de l'absence de contrôles de qualité externes dans nos labos, on peut raisonnablement penser que des femmes ont été aiguillées vers le mauvais traitement. Sauf que le président de l'Association des pathologistes le reconnaît lui-même: son échantillon de 15 patientes ne permet pas de dire combien de tests il faudrait refaire, ni lesquels.

Près de 6000 Québécoises recevront un diagnostic de cancer du sein en 2009. Multipliez par le nombre de personnes qui s'inquiètent pour chacune d'elles, et par plusieurs années, et vous aurez une petite idée du nombre de personnes qui se rongent les sangs ces jours-ci. C'est considérable. Trop.

Il aurait été préférable, pour la paix d'esprit de tous ces gens, que les pathologistes remettent leur étude directement au ministre. Au lieu de ça, ce document extrêmement technique se retrouve disséqué sur la place publique, alors que pratiquement personne n'a pu le consulter. On ignore, par exemple, le nombre exact de labos qui présentent des problèmes graves, et combien d'échantillons ils traitent annuellement. Le potentiel de dérapage n'est pas négligeable.

Il serait facile de compter les points. De dire que le ministre de la Santé est dans l'embarras. Que les pathologistes ont enfin réussi à faire entendre leurs revendications. Que c'est du bonbon pour l'opposition. Que la population a tout à gagner à ce que la fiabilité des labos s'améliore. Mais il ne faut pas oublier que les seules personnes qui souffrent vraiment de cette histoire, ce sont les femmes à qui l'on a diagnostiqué un cancer du sein. C'est en fonction d'elles qu'il faut agir en premier.

akrol@lapresse.ca

 

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