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Le talent seul n'est rien

Nous pensons que l'innovation est une espèce de procédé magique, mais c'est une chose qui arrive au terme de longues heures de travail, a lancé l'essayiste vedette Malcolm Gladwell à Montréal cette semaine. L'auteur du best-seller Le point de bascule nous a habitués aux idées fortes. Dans son dernier ouvrage, il choisit plutôt de dépoussiérer la moins glamour des valeurs: l'effort. Un message qui mérite d'être entendu.

Le talent seul n'est rien. Le faire éclore exige un milieu propice et beaucoup, beaucoup de boulot. Dix mille heures en moyenne, démontre Gladwell dans Outliers - la version française paraîtra en mars aux Éditions Transcontinental. Pour la société nord-américaine accro aux résultats rapides et à la célébrité instantanée, c'est presque une révolution.

Nous aimons tellement les histoires à la Walt Disney. Le génie précoce de Mozart. Les décrocheurs milliardaires du style Bill Gates. Les révélations musicales, comme les Beatles arrivant aux États-Unis en 1964. Si vous étudiez ces cas de plus près, vous vous rendrez compte qu'ils ne doivent rien au hasard, objecte Gladwell.

L'auteur, qui prononçait sa première conférence à Montréal à l'invitation d'Info-Presse, raconte une tout autre histoire. Lorsque Mozart pond son premier chef-d'oeuvre, à l'âge 21 ans, il a déjà 10 ans de composition sous les doigts. Le Bill Gates qui abandonne Harvard pour lancer sa propre entreprise d'informatique a passé les sept années précédentes à programmer jour et nuit. Et quand les Beatles débarquent en Amérique, ils ont déjà joué 1200 fois ensemble. On pourrait multiplier les exemples à l'infini.

Oui, ces «génies» avaient du talent. Mais on oublie trop souvent de dire combien d'heures ils ont passé à le développer. Et à quel point le contexte les a favorisés. Bill Gates, tout comme plusieurs autres pionniers de la Silicon Valley, a eu un accès privilégié à des ordinateurs, à une époque où ces machines étaient rarissimes. Les Beatles ont eu des contrats qui les obligeaient à jouer huit heures de suite, sept soirs par semaine... dans des bars de danseuses. On a vu des écoles plus austères.

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Au-delà de l'anecdote, Outliers est un vibrant plaidoyer pour l'égalité des chances. Des cas d'enfants doués mais de milieu modeste qui aboutissent dans un cul-de-sac professionnel, il y en a beaucoup dans ce bouquin. «Pour construire un monde meilleur, il faut remplacer ce patchwork de coups de chance et d'avantages arbitraires qui déterminent aujourd'hui le succès (...) par une société qui donne des possibilités à tous», écrit l'auteur d'origine canadienne. Ici, le message ne choque personne, même s'il nous reste beaucoup à faire pour le concrétiser. Mais les États-Unis, patrie d'adoption de Gladwell, sont-ils prêts à l'entendre? Il faudrait d'abord qu'ils cessent de considérer le succès comme une espèce de génération spontanée.




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