Les indices étrangers ont effectué une remontée spectaculaire hier, et les marchés canadiens devraient emprunter la même direction au retour du congé de l'Action de grâces aujourd'hui. Reste à voir s'ils sauront se maintenir à flot.

La Bourse de New York a exploré des profondeurs jamais sondées lorsque son principal indice, le Dow Jones industriel, a plongé de 18 % au cours de la semaine dernière. La remontée de 11,5 % enregistrée hier apporte plus qu'une bouffée d'air frais. C'est un véritable masque à oxygène tendu aux entreprises mises au tapis vendredi. Un rebond de 936 points en une seule journée, on n'avait jamais vu rien de tel - c'est presque deux fois le record précédent.

Les Bourses asiatiques et européennes se sont elles aussi reprises de belle façon. Nous aimerions dire que les marchés ont touché le fond et qu'ils se sont donné une bonne poussée pour refaire surface. Autrement dit, que le pire est passé. Malheureusement, il est trop tôt pour tirer une telle conclusion.

Les mesures annoncées par les pays industrialisés et par leurs banques centrales commencent enfin à faire effet. Il était temps. Les gouvernements sont allés très loin en promettant ne plus laisser couler une seule de leurs banques. Songez : même l'administration Bush accepte de devenir actionnaire de ses institutions financières ! La Fed, la Banque centrale européenne (BCE) et trois autres banques centrales ont aussi fait un geste significatif en acceptant de fournir autant de liquidités que nécessaire au secteur bancaire. Il faut souhaiter que ces interventions ramènent un climat de confiance durable et incite les banques à se prêter entre elles, ainsi qu'à leurs clients. Autrement, l'activité économique sombrera dans une profonde léthargie.

Cela dit, le retour en force d'hier était prévisible. Beaucoup de titres ont été piétinés à l'aveuglette lorsque la panique s'est emparée des marchés la semaine dernière. Les professionnels ont ramassé les meilleurs, comme Apple, qui a repris 14 %. Le signal est donné, il ne serait pas étonnant que les chasseurs d'aubaines continuent à faire monter les prix aujourd'hui.

Toutefois, bien malin qui pourrait prédire la direction générale des prochaines semaines. Il ne faudra pas s'étonner si les indices retournent explorer les abysses. Nous ne le souhaitons pas, mais c'est toujours possible. Il reste des inconnues importantes, notamment par rapport à l'état de santé des fonds de couverture. Les liquidations massives auxquelles ils ont dû procéder récemment ont pesé sur les cours et on ignore l'ampleur du nettoyage qui reste à faire.

Chose certaine, il n'y a aucun rebond immédiat à espérer de l'économie américaine. Pour l'instant, elle s'enfonce dans les sables mouvants de la récession. Une récession « pas mal significative », a prédit Bill Gates hier. La pire depuis 25 ans, prévoient des experts cités par Bloomberg. L'économie s'est imposée comme thème central de la campagne présidentielle américaine. Le premier ministre que les Canadiens éliront aujourd'hui n'aura pas le choix d'en faire sa priorité lui aussi.