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Pour en finir avec le télécopieur

L'obligation d'utiliser un télécopieur en 2019 pour communiquer... (PHOTO GETTY IMAGES)

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L'obligation d'utiliser un télécopieur en 2019 pour communiquer avec une clinique, un service d'hôpital ou un bureau administratif est aussi ahurissante qu'exaspérante, écrit Ariane Krol.

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Pratiquement disparu de la plupart des milieux de travail, le télécopieur demeure omniprésent dans notre système de santé, où il pourrit la vie des patients et impose des manipulations supplémentaires au personnel, avec tout ce que ça implique de pertes de temps et de risques d'erreurs. Il est grand temps de s'en débarrasser!

«Veuillez envoyer votre demande et vos documents par la poste ou par télécopieur.» Si vous avez encore ce type d'engin à la maison, vous serez peut-être content d'avoir une occasion de vous en servir. Mais autrement, l'obligation de passer par ce mode de transmission rétrograde pour communiquer avec une clinique, un service d'hôpital ou un bureau administratif est une barrière à l'accès. À moins d'avoir un télécopieur au travail, vous devrez vous rendre dans un commerce offrant le service, ou trouver une application permettant d'envoyer vos documents de votre ordinateur. En 2019, c'est aussi ahurissant qu'exaspérant.

Oui, plusieurs facteurs expliquent la persistance du télécopieur dans le système de santé. Mais c'est aussi un cercle vicieux : cette technologie d'une autre époque est encore tellement utilisée qu'elle est considérée comme normale.

On le voit avec les fameux CRDS (centres de répartition des demandes de services), où les médecins de famille doivent envoyer leurs demandes de consultation avec un spécialiste. Malgré ses ratés, ce système est une avancée pour les patients, qui n'ont plus à envoyer leurs requêtes eux-mêmes. Sauf qu'au début, les médecins pouvaient seulement les transmettre par télécopieur. C'était... à l'automne 2016. Autant dire hier.

Qu'un nouveau service puisse être lancé sur de telles bases donne une idée de la logique parallèle qui règne en santé!

La transmission électronique s'est ensuite ajoutée, mais plus du tiers des demandes (35%) sont encore expédiées par télécopieur. Or, celles-ci imposent des manipulations supplémentaires à la réception, puisque les informations doivent être entrées manuellement par un agent administratif. Temps de saisie estimé par le Ministère : de une minute à deux minutes et demie par requête, sans oublier les risques d'erreurs inhérents à la saisie manuelle. Avec près de 24 000 requêtes transmises par télécopieur aux CRDS en novembre dernier, le gaspillage de ressources n'est pas négligeable.

Le Québec n'est pas seul dans cette galère. La télécopie sévit aussi dans les systèmes de santé du reste du Canada, des États-Unis et du Royaume-Uni, notamment. Et les motifs évoqués se ressemblent. Les applications pour gérer les dossiers médicaux électroniques et les prescriptions ne sont pas toujours conviviales. Des fonctions essentielles, comme joindre des résultats de tests, sont difficiles à utiliser. Les systèmes communiquent souvent mal.

Ajoutez à cela que la télécopie jouit d'une réputation de sécurité largement exagérée. La transmission est peut-être moins sujette au piratage (encore que ce soit faisable, comme l'a signalé récemment le magazine Wired), mais une fois reçu, le fac-similé est à la portée des regards indiscrets dès qu'il est imprimé.

Comment en finir avec ces télécopies qui se baladent entre cabinets de médecins, hôpitaux, pharmacies - et parfois à l'intérieur d'un même établissement? En prenant le taureau par les cornes, comme au Royaume-Uni.

À partir de janvier, le système de santé britannique (NHS) n'aura plus le droit d'acheter de nouveaux télécopieurs, et les établissements auront 15 mois pour se débarrasser de ceux qu'ils possèdent, a annoncé le secrétaire à la Santé au début du mois dernier. Il n'avait pas beaucoup le choix. Quelques jours après sa nomination, en juillet dernier, le collège royal des chirurgiens a révélé que le NHS possède plus de 8000 télécopieurs, et que certaines administrations locales en utilisent plusieurs centaines. Le NHS s'est aussi vu décerner le titre, peu enviable, de plus grand acheteur de télécopieurs au monde.

Le ministère québécois de la Santé n'a pas été en mesure de nous dire combien de télécopieurs, et autres télécopieurs-imprimantes, sont en service dans le réseau. Ni combien lui coûtent les lignes téléphoniques utilisées par ces appareils. Le chiffre est sans doute effarant. Nous ne serions pas étonnés que le nombre de télécopieurs par habitant soit plus élevé qu'au Royaume-Uni.

Heureusement, la nouvelle ministre de la Santé n'a pas attendu un chiffre embarrassant pour se mouiller, et plutôt deux fois qu'une.

«La fin de l'utilisation des télécopieurs» fera partie des mesures concrètes prises pour «propulser le réseau à l'ère numérique», a promis Danielle McCann dans son discours d'ouverture à l'Assemblée nationale. Le même engagement avait été pris deux semaines auparavant devant un parterre de médecins spécialistes.

On sait que le dossier sera partagé avec le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, mais pour le reste, on attend encore le plan et l'échéancier.

Par où commencer? Québec devrait s'intéresser au gaspillage à l'interne, et refuser les documents transmis par télécopieur lorsque ceux-ci sont plus lourds à traiter. Mais avant tout, la ministre devrait penser aux patients, et interdire à quiconque de rendre l'accès à des services de santé publics conditionnel à l'usage de la télécopie ou de la poste. Un tel obstacle est inacceptable, et n'aurait jamais dû être toléré si longtemps.

«L'obligation de passer par ce mode de transmission rétrograde pour communiquer avec une clinique, un département d'hôpital ou un service administratif est une barrière à l'accès.»





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