La tuerie en Nouvelle-Zélande est d'autant plus troublante pour nous qu'elle réveille des fantômes. On ne peut s'empêcher de penser, en regardant ce qui s'est produit là-bas, à ce qui s'est passé ici.

Des musulmans ciblés pour la seule et unique raison qu'ils sont musulmans, un acte ignoble d'une violence sans nom commis par un fanatique... On a déjà joué dans ce film. Le traumatisme reste entier. Le frisson d'horreur ne disparaît pas.

Même que le nom d'Alexandre Bissonnette était inscrit, semble-t-il, sur une des armes du tueur, parmi ceux d'autres auteurs de crimes haineux. Comme s'il existait une internationale des détraqués convaincus que le monde occidental est menacé par les musulmans, les Juifs, les Noirs, les immigrants, etc.

En fait, il y a bel et bien un lien entre certains de ces monstres. Le tueur qui a attaqué deux mosquées à Christchurch a publié un manifeste de plus de 70 pages. Il cite d'autres assassins motivés par la haine raciale, dont Dylann Roof, qui a tué neuf Afro-Américains dans une église en Caroline du Sud en 2015. Son mentor semble avoir été Anders Breivik, ce fondamentaliste chrétien qui a tué 77 personnes dans un camp d'été en Norvège en 2011 et qui disait vouloir « délivrer l'Europe de l'islamisation ».

Mais les tueurs d'aujourd'hui ne se radicalisent pas uniquement en étudiant les idées d'une poignée d'autres fous furieux. Les propos intolérants et racistes qui abondent sur le web propagent aussi la haine.

On sait maintenant que le tueur de Québec avait consulté, avant son massacre, des sites associés à des groupes suprémacistes blancs, mais aussi les comptes Twitter de commentateurs et d'intellectuels nationalistes américains dont l'intolérance est régulièrement dénoncée. Ben Shapiro et Tucker Carlson, notamment.

Quant au fasciste (il a lui-même utilisé ce terme) qui vient de frapper en Nouvelle-Zélande, on l'a notamment entendu vanter les mérites de la vedette de YouTube PewDiePie. Les prochains jours nous permettront d'en apprendre davantage sur ses affinités électives.

« L'impact d'internet et des réseaux sociaux est indéniable, car on voit que Breivik, comme le terroriste de Christchurch, ont pioché leurs références idéologiques dans des univers variés auxquels ils n'auraient sans doute pas eu accès par les livres », nous a expliqué hier le spécialiste français de l'extrême droite Jean-Yves Camus.

En somme, si la radicalisation est un processus complexe, ce qui se précise de massacre en massacre, c'est qu'il existe actuellement une dynamique qui la facilite.

Le racisme et l'antisémitisme semblent depuis quelques années se manifester plus ouvertement qu'au cours des dernières décennies tant dans les discours que dans les actes.

La haine, l'intolérance, la désinformation et les théories du complot sont véhiculées avec nettement moins de gêne qu'autrefois. 

Pire, elles sont relayées par des réseaux sociaux dont les algorithmes récompensent la provocation et l'agressivité parce qu'ils génèrent des clics. Bref, il y a du fric à faire avec le racisme et l'intolérance. La situation est tragique : notre époque, d'une certaine façon, aime la haine.

Parallèlement, ces mêmes algorithmes permettent aux fausses nouvelles de se propager beaucoup plus rapidement que les vraies.

On ne peut pas non plus passer sous silence le fait que les réseaux sociaux permettent maintenant aux barbares de diffuser en direct les atrocités auxquelles ils se livrent. Les géants du web sont incontestablement complices de ces crimes crapuleux et de leur promotion.

Cela dit, il faut chercher les racines de la haine ailleurs que dans le sol de la Silicon Valley. L'heure est à l'introspection.

Notre époque fabrique trop de monstres, tant chez les terroristes islamistes que chez les fous furieux dont les meurtres sont alimentés par leurs fantasmes de nations homogènes.

Ne soyons pas naïfs ; la haine et l'intolérance ne disparaîtront jamais. En revanche, freiner leur progression nous apparaît chaque jour plus urgent.