D'entrée de jeu, mettons les choses au clair: le problème de surpopulation dans les écoles francophones à Montréal est hors de contrôle.

À la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, notamment, il a atteint des proportions inquiétantes. Même en multipliant les solutions improvisées (ajout de classes modulaires, cours donnés dans les bibliothèques ou dans les classes réservées au cours d'arts, etc.), les écoles continuent de déborder.

La commission scolaire a déjà dépassé de 122 groupes sa capacité d'accueil. Et elle fait encore face, ces jours-ci, à environ 50 nouvelles inscriptions par semaine, pour la plupart des nouveaux arrivants. Intenable, vous dites?

C'est dans ce contexte que le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, vient de prendre sa décision la plus controversée depuis son arrivée au pouvoir. Il a forcé la commission scolaire Lester-B.-Pearson à céder l'école secondaire anglophone Riverdale à la Commission scolaire francophone Marguerite-Bourgeoys.

Une décision «musclée et superflue», a aussitôt soutenu l'Association des commissions scolaires anglophones du Québec. Au sein de la communauté anglophone, on a dépeint le ministre comme un fier-à-bras.

Pourtant, il a pris la bonne décision.

A-t-il agi avec précipitation? Oui. Mais cette hâte était justifiée. Il y avait urgence.

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Précisons - c'est fondamental pour bien comprendre ce qui s'est passé - que le ministre n'a pas sorti un lapin de son chapeau. Il n'a pas non plus tordu le bras à la commission scolaire Lester-B.-Pearson. Celle-ci s'était déjà dite prête à céder l'école Riverdale pour que plusieurs centaines d'élèves francophones puissent y emménager. Des discussions à ce sujet étaient en cours... mais elles n'allaient pas aboutir à temps pour la prochaine rentrée scolaire.

C'est la raison pour laquelle le ministre Roberge a eu recours à l'article 477.1.1 de la Loi sur l'instruction publique. Un article qui n'avait jamais été utilisé auparavant et qui lui permet d'«ordonner que la propriété d'un immeuble appartenant à une commission scolaire soit transférée à une autre commission scolaire».

On voit mal comment on pourrait reprocher au ministre de prioriser le bien-être et la réussite des élèves. Nécessité fait loi.

D'autant plus que des places disponibles à la commission scolaire Lester-B.-Pearson, il y en a beaucoup. Pendant que les francophones étouffent dans leurs écoles (la Commission scolaire de Montréal et la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île sont en crise elles aussi), les anglophones ont de l'espace à revendre.

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On comprend évidemment que certains, au sein de la communauté anglophone, se sentent bousculés. D'autant plus que les acteurs impliqués dans le dossier étaient de bonne foi et participaient activement à la recherche d'une solution.

Mais imaginons un pompier qui s'arrête devant une maison en feu et qui tourne les talons en promettant de revenir plus tard ! C'est ce que le ministre aurait fait s'il n'avait pas décidé d'accélérer le processus de transfert de l'école.

Il n'a pas nié les pouvoirs de la communauté anglophone en matière de gestion scolaire, puisque la commission scolaire était consentante. Celle-ci a été forcée de mettre le pied sur l'accélérateur. C'est très différent.

La ligne est mince, bien sûr, entre prendre le taureau par les cornes et se montrer autoritaire. Et le nouveau ministre aurait tout avantage à ne pas abuser : de telles méthodes doivent être utilisées dans des circonstances exceptionnelles.

Mais dans ce cas précis, alors que la situation est dramatique et que la crise n'est pas en voie de se résorber, cette décision est pleinement justifiée. On aurait tort d'y voir du mépris ou de l'agressivité. C'est simplement un exemple de bonne gouvernance de la part d'un ministre dont le parti a promis de prioriser l'éducation.

Article 477.1.1 de la Loi sur l'instruction publique

«Sur la recommandation du ministre, le gouvernement peut, s'il estime que l'intérêt public le justifie et afin de favoriser une gestion efficace et efficiente des immeubles des commissions scolaires, ordonner que la propriété d'un immeuble appartenant à une commission scolaire soit transférée à une autre commission scolaire afin qu'elle y établisse un établissement d'enseignement. Ce transfert prend effet à la date que le gouvernement détermine.»