Les démocrates ont officiellement pris le contrôle de la Chambre des représentants du Congrès américain hier et on ne peut que s'en réjouir.

Ça ne signifie pas que Donald Trump sera prisonnier d'une camisole de force au cours des deux dernières années de son mandat - quoique certains l'auraient assurément souhaité. Mais pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, le Congrès américain ne se pliera plus en tout temps aux caprices de ce président excessif et fabulateur.

Les républicains, qui contrôlaient à la fois la Chambre des représentants et le Sénat depuis janvier 2016, ont été d'une troublante docilité à l'égard de l'occupant de la Maison-Blanche.

Quelques sénateurs républicains ont bel et bien, individuellement, manifesté leur désapprobation face à certaines des initiatives et des déclarations malheureuses du président. Mais ce fut l'exception et non la règle.

Cette nonchalance ne sera plus de mise. La présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a été on ne peut plus claire : le président Trump devra maintenant vivre dans «un monde différent».

Bien sûr, le pouvoir des démocrates à Washington demeure limité. Même au sein du Congrès américain puisque les républicains contrôlent encore l'une des deux chambres : le Sénat.

Mais la Chambre des représentants va néanmoins pouvoir recommencer à exercer son pouvoir de surveillance de l'exécutif. Elle va enquêter tant sur les ratés de l'administration Trump que sur les malversations et les scandales, tout en éclairant les zones d'ombre. On sait déjà que l'ingérence russe dans la politique américaine et la séparation des familles migrantes à la frontière sont dans le collimateur des démocrates.

Ceux-ci vont aussi tenter d'obtenir les déclarations d'impôts que Donald Trump a toujours refusé de dévoiler. Et ils mettront l'accent sur des enjeux cruciaux, mais négligés ou méprisés par la Maison-Blanche, comme les changements climatiques.

Ce changement est d'autant plus rassurant qu'il survient à un moment où ceux qu'on surnommait «les adultes» dans l'entourage de Donald Trump ont presque tous pris la porte ou été congédiés.

Le secrétaire à la Défense James Mattis, l'un de ces adultes, a affirmé fin décembre qu'il allait quitter ses fonctions en février 2019. Le président Trump, outré, a préféré remplacer ce général respecté dès le 1er janvier. C'est l'adjoint de ce dernier, Patrick Shanahan, qui assure actuellement l'intérim.

Des doutes planent quant à savoir si la plupart des nouveaux hommes du président se comporteront eux aussi en adultes ou plutôt en sympathisants obéissants qui n'oseront pas contrecarrer ses pires instincts.

Le contrôle de la Chambre des représentants par les démocrates n'aura probablement que peu d'effet sur les instincts de Donald Trump. Mais ça signifie à tout le moins que le Congrès est désormais en mesure de jouer plus facilement son rôle de contre-pouvoir, tel que souhaité par les Pères fondateurs de la nation.