Maxime Bernier a été ridiculisé la semaine dernière quand il a affirmé que le CO2 n'était pas de la pollution, mais bien « ce qui sort de votre bouche quand vous respirez et ce qui nourrit les plantes ».

Cette sortie - qui visait à dénoncer la taxe carbone du gouvernement libéral - a pu sembler très, très maladroite. Mais ce jour-là, Maxime Bernier a peut-être marqué plus de points qu'il n'en a perdu.

D'abord parce que l'impact médiatique a été démesuré par rapport à la place qu'occupe son nouveau parti sur l'échiquier politique. Parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en...

Ensuite parce qu'il a pu se démarquer des partis traditionnels à Ottawa, qu'il cherche à diaboliser depuis le début de sa croisade « populaire ».

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Le politologue Yascha Mounk vient de publier un livre intitulé Le peuple contre la démocratie. Dans cet essai, il tente de décrypter les façons d'agir des « populistes » et « nouveaux venus de la politique ». Ses propos sont éclairants.

« Là où leurs provocations sont souvent présentées comme des gaffes par les observateurs politiques, leur volonté de commettre de telles gaffes constitue une grande partie de leur pouvoir de séduction », écrit-il. C'est simple : quand ils transgressent des règles et des principes, ça les aide à démontrer qu'ils « représentent une rupture totale avec le statu quo ».

Pensons à Donald Trump, un exemple flagrant de ce phénomène. Ou à Jair Bolsonaro, qui vient d'être élu président au Brésil. Même recette (grosso modo), même succès !

Et même s'ils ne triomphent pas, l'impact de ces politiciens peut être substantiel. Ils peuvent par exemple pousser leurs rivaux plus traditionnels à se radicaliser.

Yascha Mounk rappelle comment Nicolas Sarkozy a modifié sa position sur les changements climatiques vraisemblablement en raison de celle de Marine Le Pen. Il avait cherché à amadouer les électeurs potentiels du Front national en faisant preuve de scepticisme sur la question, comme Maxime Bernier semble vouloir le faire.

« Il faut être aussi arrogant que le sont les humains pour croire que c'est nous qui aurions changé le climat », avait ainsi déclaré le président français lors de la campagne présidentielle en 2012.

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On peut penser que Maxime Bernier va continuer d'utiliser les recettes des politiciens populistes de droite au cours des prochains mois. Et on peut penser que certaines auront beaucoup d'écho.

Comme sa promesse d'accueillir plusieurs dizaines de milliers d'immigrants de moins, alors que les débats sur l'identité font rage et que les bienfaits de l'immigration sont de plus en plus remis en question au pays et ailleurs en Occident.

Tout ça ne veut pas dire que Maxime Bernier va connaître le même succès que celui de Donald Trump aux États-Unis.

Premièrement, il n'a pas la notoriété de ce dernier. Deuxièmement, le politicien américain, rappelons-le, a pu bénéficier du soutien du Parti républicain, une machine bien huilée. Or, malgré un certain engouement pour le parti politique de Maxime Bernier - il compterait déjà 23 000 membres -, le nouveau chef est loin d'avoir les moyens de ses ambitions. Tant sur le plan des candidats que sur le plan des organisateurs, mais aussi du financement. Il y a des limites à ce qu'on peut accomplir avec un compte Twitter.

Ajoutons aussi à ces obstacles le fait que son dogmatisme sur la gestion de l'offre - dénoncé par Stephen Harper dans son plus récent essai - va lui nuire au Québec.

Enfin, ses rivaux ne lui feront pas de cadeau. Le Parti conservateur semble déterminé à étouffer la menace Bernier dans l'oeuf.

On a d'ailleurs prévu dès demain un grand rassemblement en Beauce pour présenter le candidat qui l'affrontera, Richard Lehoux, ancien maire de Saint-Elzéar et président de la Fédération québécoise des municipalités du Québec, qui aurait déjà obtenu l'appui de plus de 20 maires de la région.

Sage décision. C'est exactement ce qu'Andrew Scheer et ses troupes devaient faire plutôt que de jouer aux climatosceptiques. Ils ont compris qu'à une époque où la démocratie est en régression et où les politiciens qui tentent d'exploiter cette crise ont le vent dans les voiles, il ne faut surtout pas sous-estimer Maxime Bernier. Et encore moins s'en moquer.