Bien sûr que Vladimir Poutine a triomphé à l'issue de sa rencontre avec Donald Trump! En aviez-vous vraiment douté?

Récemment, un ancien responsable du département d'État américain avait confié au New Yorker que Donald Trump allait probablement être «comme un boxeur amateur qui fait face à Muhammad Ali». C'est exactement ce qui s'est produit.

Donald Trump a quitté la Finlande, pays hôte du sommet, avec un oeil au beurre noir.

Il était, a-t-on rapporté, mal préparé. Sans compter qu'il n'avait vraisemblablement pas les connaissances nécessaires pour affronter un président russe astucieux, qui a vu neiger. Vladimir Poutine est au pouvoir, rappelons-le, depuis pas moins de 18 ans! Comme le dit le dicton, on n'apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces.

Mais la raison principale de l'échec du président américain ne fut pas son inexpérience, aussi problématique soit-elle. C'est plutôt l'aversion malsaine qu'il manifeste à l'égard de l'enquête sur l'ingérence russe dans l'élection présidentielle de 2016 qui a été à la source de son plus retentissant faux pas. Et qui lui a valu, entre autres, d'être accusé de «trahison» par l'ancien patron de la CIA, John Brennan.

En refusant de mettre en doute le «solide et puissant démenti» (ce sont ses mots) du président russe à ce sujet, il discrédite une fois de plus les services de renseignements des États-Unis. En somme, il a préféré croire le KGB au lieu de faire confiance à la CIA, comme l'a si bien résumé le sénateur démocrate Chuck Schumer.

À un certain moment, le président américain a même laissé poindre une fois de plus son admiration pour le régime autoritaire en place en Russie. Revenant sur l'affaire des courriels d'Hillary Clinton - une autre obsession maladive -, il a déploré le fait que des milliers n'ont jamais été retrouvés. « Je pense qu'en Russie, ils n'auraient pas disparu aussi facilement », a-t-il lancé.

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Loin de nous l'idée d'affirmer qu'il faut bouder ou diaboliser la Russie et son président. Ce serait une très mauvaise idée.

Mais il y a une différence entre jeter les bases d'une meilleure relation et se présenter devant Vladimir Poutine en vantant ses mérites et en étant prêt à faire des courbettes pour l'amadouer.

L'histoire démontre qu'on ne peut hélas pas avoir de relation basée sur la confiance avec le président russe. Aux États-Unis, tant George W. Bush que Barack Obama l'ont compris au cours des deux dernières décennies.

Il y a certainement un parallèle à faire entre le sommet d'hier et celui entre George W. Bush et Vladimir Poutine en 2001. Candide, le président américain avait dit pouvoir faire confiance à son homologue russe après l'avoir regardé dans les yeux. «J'ai pu percevoir son âme : celle d'un homme profondément dévoué à son pays et aux intérêts de son pays», avait-il dit... avant d'assister au démantèlement de la démocratie russe au cours des années qui suivirent.

À la décharge de George W. Bush, on connaissait bien peu Vladimir Poutine à l'époque. Il venait de prendre le pouvoir à Moscou. Donald Trump, lui, n'a pas d'excuse pour sa naïveté excessive.

Son attitude face au président russe est d'autant plus troublante qu'il prend un malin plaisir, parallèlement, à attaquer les alliés traditionnels des États-Unis. Il rencontrait hier Vladimir Poutine après avoir, en l'espace d'un mois, semé le chaos au sein des alliances occidentales - l'OTAN et le G7 - avec une énergie renouvelée.

Cet égarement rend l'insouciant béguin de Donald Trump pour Vladimir Poutine encore plus difficile à digérer.