Les pitbulls ont gagné.

À Québec, tout comme à Montréal, on vient de battre en retraite face à ces chiens dont les ravages font la manchette sur une base régulière.

Le constat est terrible, mais il est implacable : ils dévoreront encore, défigureront encore.

Parlons d'abord de ce qui s'est passé à Québec. Le ministre de la Sécurité publique et des Affaires municipales Martin Coiteux s'est dégonflé. L'an dernier, il avait dit qu'il interdirait tout nouveau chien de type pitbull « le plus rapidement possible ». C'était faisable. On le sait parce que l'Ontario l'a fait.

Or, la semaine dernière, Martin Coiteux a annoncé qu'il avait changé d'avis. Il a mis de l'eau dans son vin et a présenté un projet de loi qu'il juge plus « consensuel » et qui a été adopté mercredi. Le mot « édulcoré » aurait été moins flatteur, mais plus juste.

On fait valoir qu'il n'existe pas de consensus scientifique dans ce dossier. C'est vrai. Mais c'est loin d'être le seul enjeu qui ne fait pas l'unanimité dans la communauté scientifique. 

Et ce n'est pas une bonne raison pour ne pas assurer la sécurité des citoyens. C'est, en fait, une bien piètre excuse.

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Parlons maintenant de ce qui s'est passé à Montréal. À la Ville, on est revenu sur la décision pourtant avisée prise par le maire Denis Coderre. Rappel : il avait permis aux propriétaires de chiens de type pitbull de conserver leurs animaux, mais il n'était plus possible d'en adopter. Par ailleurs, l'encadrement de ces chiens avait été resserré. On exigeait par exemple le port de la muselière lorsqu'ils allaient à l'extérieur.

Le maire Coderre avait fait preuve de courage politique et il savait que le combat serait dur. « Vous allez avoir droit à toutes sortes de désinformation, de lobbys qui vont se faire aller à gauche et à droite », avait-il prédit, en 2016, après avoir annoncé sa décision.

Oh qu'il avait raison ! La charge a notamment été menée par les sociétés protectrices des animaux et l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec.

Ce dernier est même allé jusqu'à citer, dans un rapport (qui se voulait scientifique) présenté au comité ministériel qui se penchait sur cet enjeu, des études financées par le lobby de promotion des pitbulls.

C'est ce qu'avait découvert notre journaliste Marie-Claude Malboeuf lors de ses enquêtes dans ce dossier. Elle avait aussi révélé, à la même époque, que les statistiques de la Ville de Montréal démontrent que les morsures des pitbulls sont plus fréquentes que celles des autres chiens. En effet, 38 % des morsures recensées sur le territoire montréalais en 2015 et 2016 (sur une période de 21 mois) étaient l'oeuvre des pitbulls.

Jeudi, la Ville de Montréal a confirmé que le scénario s'est répété l'an dernier. Les pitbulls ont été à la source de 37 % des morsures rapportées à Montréal. Plus du tiers ! Pourtant, à la fin de 2017, ils ne représentaient que 3 % de tous les chiens pour lesquels un permis avait été obtenu, selon les chiffres diffusés par l'opposition officielle.

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Le nouveau règlement de la Ville n'est pas le fruit d'un travail bâclé. Plusieurs mesures sont très pertinentes. Certaines règles sont resserrées.

Mais en s'obstinant à soutenir que les chiens de type pitbull ne sont pas plus dangereux que tous les autres chiens, on compromet la sécurité des Montréalais.

On donne non seulement le feu vert à une hausse du nombre de pitbulls à Montréal, mais alors que l'administration Coderre intervenait en amont (en imposant des règles strictes aux propriétaires de ces chiens), l'administration Plante se contente d'intervenir en aval.

Désormais, si vous êtes mordu par un chien ou s'il a tenté de vous mordre, la première étape est de contacter les autorités municipales. Si elles jugent alors qu'il s'agit d'un « chien à risque », il sera évalué. Ensuite, selon les conclusions rendues, il pourrait être déclaré « potentiellement dangereux ».

Si - et seulement si - c'est le cas, il sera alors soumis à une série de règles strictes, incluant la stérilisation, le port de la muselière à l'extérieur du logement, tout comme la laisse d'une longueur maximale de 1,25 mètre.

L'administration Coderre avait une politique similaire pour les chiens jugés dangereux. Mais allait nettement plus loin, en obligeant les propriétaires de chiens de type pitbull à se conformer à ces règles strictes même si leur chien n'avait jamais mordu personne.

Prudence est mère de sûreté, dit le proverbe.

Avec la nouvelle administration, le principe de précaution a pris le bord.

Les pitbulls ont gagné.

Vous avez perdu.

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38 %

Proportion des morsures causées par des chiens de type pitbull à Montréal en 2015-2016 (sur une période de 21 mois)

37 %

Proportion des morsures causées par des chiens de type pitbull à Montréal en 2017

Source : Ville de Montréal