Trump, Jérusalem et... Andrew Scheer

« À Gaza, c'était le chaos, explique Alexandre Sirois.... (PHOTO JACK GUEZ, AGENCE FRANCE-PRESSE)

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« À Gaza, c'était le chaos, explique Alexandre Sirois. Lors de manifestations, des dizaines de Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens. Des centaines ont également été blessés. »

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Il y avait quelque chose d'indécent à voir se succéder lundi les images diffusées en direct du Moyen-Orient alors que se déroulait la cérémonie d'inauguration de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem.

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Ivanka Trump et Jared Kushner lors de l'ouverture de l'ambassade des États-Unis, lundi à Jérusalem

PHOTO SEBASTIAN SCHEINER, ASSOCIATED PRESS

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Le chef conservateur Andrew Scheer

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Dans cette ville, que Donald Trump a décidé de reconnaître comme capitale d'Israël, certains proches du président américain jubilaient. Un large sourire éclairait le visage d'Ivanka Trump. Son mari, Jared Kushner, saluait avec enthousiasme le transfert de cette ambassade. Et il parlait, paradoxalement, de paix.

Pendant ce temps, à Gaza, c'était le chaos. Lors de manifestations, des dizaines de Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens. Des centaines ont également été blessés.

Ce fut la journée la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de 2014. Encore une tragédie. Une de plus.

Dans ce cas-ci, cependant, la tragédie était évitable. Donald Trump savait très bien qu'il jetait de l'huile sur le feu en prenant une décision si controversée. 

C'est comme s'il avait versé un sac de sable au grand complet dans l'engrenage devant mener à la paix. Un engrenage qui, déjà, était défaillant.

La Maison-Blanche a pourtant eu le culot, lundi, de refuser toute responsabilité et d'innocenter les autorités israéliennes en soutenant que le Hamas était le seul coupable du drame à Gaza. Le Hamas ne doit certainement pas être disculpé. Mais la décision qui a mis le feu aux poudres est celle du président américain. Décidément, il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir...

On peut presque imaginer la suite. L'administration Trump va rendre public un « plan de paix » au cours des prochaines semaines. La proposition sera vraisemblablement reçue comme un affront par les Palestiniens. Et ceux-ci seront probablement accusés par Washington, après coup, d'avoir fait échouer le processus de paix.

***

Lorsque Donald Trump a fait connaître sa décision en décembre denier, Ottawa a refusé de s'aligner sur la position américaine. « La question du statut de Jérusalem ne peut être résolue que dans le cadre d'un règlement général du conflit israélo-palestinien », a indiqué la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland. Certains ont alors déploré sa timidité. Elle n'avait pas dénoncé le geste du président américain.

Lundi, son ministère marchait encore sur des oeufs. « Toutes les parties au conflit ont la responsabilité d'assurer la protection des civils », affirmait un porte-parole de la ministre Freeland, sans toutefois critiquer de façon explicite les Américains ou les Israéliens.

Cette prudence est excessive. Pourquoi ne pas imiter la France, qui a appelé Israël a « faire preuve de discernement et de retenue dans l'usage de la force » ? 

Par contre, la décision de ne pas déplacer l'ambassade du Canada est la bonne. Incontestablement.

Dans ce dossier, il faut le dire, la prudence de Chrystia Freeland est nettement préférable à la témérité d'Andrew Scheer. La position du chef du Parti conservateur n'a pas fait couler beaucoup d'encre, alors il est important d'en reparler. Elle est problématique : il a promis, s'il est élu, d'imiter Donald Trump et de transférer l'ambassade du Canada de Tel-Aviv à Jérusalem.

« Moi, ce qui se passe avec les Palestiniens et les Israéliens, je m'en fous complètement », a déclaré un député conservateur québécois, Alupa Clarke (Beauport-Limoilou), dans la foulée de cette annonce.

Est-ce que cette insouciance au sein du parti, en plus du manque d'expérience d'Andrew Scheer en matière de politique étrangère, permettent de comprendre ce qui a poussé le chef conservateur à prendre une telle décision ?

Est-ce que, comme Donald Trump, il s'est dit que ce serait politiquement rentable lors du prochain scrutin ?

Chose certaine, la maladresse de la décision d'Andrew Scheer saute aux yeux alors que l'on constate sur le terrain l'impact du choix de la Maison-Blanche. Or, si Donald Trump ne peut pas revenir en arrière, il n'est pas trop tard pour que le chef du Parti conservateur change d'idée.




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