« Boum... viens là ! » Donald Trump avait déjà cité en exemple les attentats terroristes de novembre 2015 à Paris afin de prouver que contrôler les armes à feu n'a aucun sens. Mais jamais, non, jamais n'avait-il été aussi indécent à ce sujet.

Alexandre Sirois LA PRESSE

Lors de son récent discours devant les membres de la National Rifle Association (NRA), le président américain a mimé les terroristes qui ont tué 139 personnes ce jour-là. « Ils ont pris leur temps et les ont tuées une par une. Boum... Viens là. Boum... Viens là. Boum... Viens là », a-t-il déclaré. Au même moment, il agitait le pouce et l'index, comme si sa main droite était une arme.

Le président français Emmanuel Macron n'a pas osé remettre Donald Trump à sa place, comme ce dernier l'aurait pourtant mérité. C'est son prédécesseur, François Hollande, qui est monté au front. Il a dénoncé les « propos honteux et les simagrées obscènes » du président américain. On ne saurait mieux dire.

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Donald Trump s'est également mis à dos les Britanniques avec son discours. Il a raconté que les attaques au couteau se multiplient à Londres. Puis, défiant toute logique, il a laissé entendre que tout irait bien mieux s'il y avait plus d'armes à feu en circulation.

Ce genre de raisonnement ne tient pas la route, mais il est mis de l'avant depuis de nombreuses années par les ténors de la NRA et leurs alliés. On voit où ça a mené les États-Unis... La liste des dix fusillades les plus meurtrières de l'histoire moderne (depuis 1949) en compte six ayant eu lieu au cours des dix dernières années.

Car au-delà des malaises provoqués à l'étranger par la sortie controversée de Donald Trump, ce sont les Américains qui sont les plus mal pris.

Le président républicain a confirmé, avec un tel discours, qu'il n'y aura aucun changement significatif en matière de contrôle des armes à feu tant qu'il occupera le bureau Ovale.

Il avait pourtant donné l'impression en février, dans la foulée de la tuerie de l'école de Parkland en Floride, que cette tragédie l'avait fait réfléchir. Il s'était dit « ému ». Il avait même promis des mesures « fortes ».

Conclusion : c'était du baratin. Un autre numéro du cirque Trump : il gueule et il insulte constamment, mais il sait se transformer en agneau quand frappe une tragédie. Puis, après une brève pause, il redevient lui-même. Il continue de se donner en spectacle, cherchant à plaire à sa base à tout prix.

Bien sûr, c'est désespérant. On se met un doigt dans l'oeil si on espère que cette méthode mènera à un ensemble de politiques publiques potentiellement efficaces. Mais c'est également, hélas, très divertissant. On n'a qu'à observer les réactions de ses partisans lorsqu'il délire de cette façon. Ils en redemandent.

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« Boum ! Boum ! Bing ! » C'est ce que le président américain a déclaré lors d'un discours au Michigan il y a dix jours. Il décrivait la récente attaque américaine en Syrie. Les partisans ont rugi, enthousiastes ! C'est d'ailleurs lors de cet événement qu'ils se sont mis à scander le mot « Nobel ».

Mais au-delà de ces simagrées, quel a été le véritable résultat des frappes américaines en Syrie ? Le régime de Bachar al-Assad continue de terroriser son peuple même s'il n'a pas (encore) osé utiliser de nouveau ses armes chimiques. Et sur le terrain, ce sont encore les Russes et les Iraniens qui mènent le jeu. Pas les États-Unis.

À quelques mois des élections de mi-mandat, on s'en rend compte, le président américain donne encore un bon show. On n'apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces. Mais on constate aussi que la valeur de ses accomplissements est inversement proportionnelle à la qualité de son spectacle.

Reste à voir si une majorité d'Américains verra clair dans son jeu et exprimera son indignation lors du scrutin novembre prochain.

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