Selon Donald Trump, la réforme fiscale qui vient d'être adoptée à Washington sera «l'un des cadeaux les plus fantastiques que les gens de la classe moyenne auront jamais reçus à Noël».

Un cadeau empoisonné, oui!

Et un cadeau pour lequel il n'existe, malheureusement, aucune politique d'échange ou de remboursement, contrairement aux cravates moches qui se retrouveront sous l'arbre de Noël.

Dommage. Parce que si c'était le cas, une majorité d'Américains auraient carrément refusé le «cadeau» offert par leur président et les membres républicains du Congrès, qui jouent au père Noël. Les citoyens ne sont pas dupes : 55% s'opposent à cette réforme, alors que seuls 33% l'approuvent, révèle un récent sondage.

Presque tous les Américains vont bénéficier d'une réduction d'impôts temporaire, mais ce sont les très riches qui auront la plus grosse part du gâteau. Le véritable cadeau, c'est à eux qu'on le réserve, pas aux Américains de la classe moyenne.

Le projet de loi, un document d'environ 500 pages, est complexe. Mais au coeur de l'ensemble des mesures mises de l'avant, bon nombre d'experts estiment qu'il y a une constante : un effort concerté de la part des républicains pour réduire le fardeau fiscal des Américains les plus riches. Ce sont pourtant eux qui ont le moins besoin d'un tel acte de générosité de la part de l'État fédéral!

On a largement documenté le fait que les plus riches, sur le sol américain, ne contribuent pas assez à l'effort fiscal. Et que cette injustice continue de faire progresser de façon saisissante les inégalités.

Cet écart qui se creuse entre riches et pauvres est l'un des problèmes les plus criants auxquels la société américaine est confrontée. Pourtant, tout porte à croire que le projet de loi qui vient d'être adopté va l'accentuer et non le réduire. Y compris l'assaut - dont on parle encore trop peu - porté à la réforme du système de santé de Barack Obama (Obamacare). Des millions d'Américains moins nantis devront vraisemblablement cesser de souscrire une assurance santé, ou payer plus cher pour leur couverture. Ou encore, en choisir une de moindre qualité.

Un cadeau, qu'ils disaient? Quel cynisme de la part du père Noël!

Le pire, c'est que le caractère toxique de cette réforme ne nous étonne même pas. Pour au moins deux raisons.

Premièrement, parce que réduire le fardeau fiscal des riches est une idée fixe chez les républicains depuis de nombreuses années. Ils ont commencé à faire chuter les impôts de façon considérable pour les plus fortunés et pour les entreprises sous Ronald Reagan, dans les années 80. Depuis, c'est presque devenu une obsession.

Deuxièmement, n'oublions pas que Donald Trump, milliardaire devenu politicien, s'est entouré de plusieurs milliardaires et millionnaires à la Maison-Blanche. Il leur a notamment offert des postes clés au sein de son équipe économique.

La fortune de son secrétaire au Trésor, Steve Mnuchin, un des architectes de la réforme fiscale, est par exemple estimée à 500 millions de dollars. Son secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, vaudrait au moins quelques centaines de millions de dollars de plus.

On voudrait croire que ces politiciens se souviennent encore du prix d'une pinte de lait ou de celui d'un pain. On peut hélas se permettre d'en douter! Ce qu'ils savent sans l'ombre d'un doute, toutefois, c'est que cette réforme fiscale sera pour eux du pain bénit.

Au contraire, pour bon nombre d'Américains, il n'y aura qu'une conclusion possible cette année : le père Noël vient de leur passer un sapin!