« En fait-on assez pour sauver des vies ? »

La question a été posée par Projet Montréal la semaine dernière, parallèlement aux multiples accidents impliquant des cyclistes dans la métropole. Cinq collisions ont été rapportées en sept jours, dont une s'est soldée par un décès.

À la lumière de ce bilan, la réponse est claire : non, on n'en fait pas assez.

Bon, d'accord, il ne serait pas honnête de se fier à une seule semaine. Prenons alors les chiffres sur l'ensemble de l'année 2015, partagés hier avec nous par Vélo Québec. En 12 mois à Montréal, parmi les cyclistes, il y a eu pas moins de 40 blessés graves (il s'agit d'une augmentation de 43 % par rapport à l'année précédente), de trois morts, en plus de 720 blessés légers.

Ce n'est pas que navrant. C'est choquant. On constate avec enthousiasme que la Ville se démène pour convaincre ses citoyens d'adopter le vélo.

Mais il est déplorable de voir que nos autorités municipales ne manifestent pas le même zèle lorsqu'il est question d'améliorer la sécurité de ces cyclistes.

Montréal, on le sait, est en mode rattrapage en ce qui concerne l'aménagement de voies cyclables. Il semble enfin, depuis l'an dernier, rouler dans la bonne direction en la matière, en ayant promis d'en ajouter au moins 50 kilomètres par année.

Mais de nouvelles infrastructures ne suffisent pas. Il faut aussi rénover et repenser ce qui existe déjà. Et concevoir les nouveaux tronçons avec discernement, après mûre réflexion.

La collision entre un cycliste et une fourgonnette, au pied de la côte Berri vendredi, figure parmi ces accidents qui doivent forcer nos élus à une certaine introspection. De nombreux accidents ont eu lieu sur ce tronçon au cours des dernières années et l'accès pour les véhicules au stationnement de la Grande Bibliothèque pose problème, on le savait avant même ce nouveau drame.

Tout comme il est crucial de tirer des leçons de la mort d'une cycliste à l'intersection du boulevard Rosemont et de la rue D'Iberville quatre jours plus tôt.

Sécuriser les intersections des arrondissements où s'effectuent le plus de déplacements en vélo aurait dû être depuis longtemps une priorité.

Montréal aurait tout intérêt à s'inspirer d'Amsterdam et à mettre sur pied un comité qui examine toutes les collisions où on rapporte un blessé grave à vélo. La Ville veille ensuite à rectifier, autant que faire se peut, ce qui a provoqué les accidents.

Québec doit aussi apporter sa contribution. La refonte du Code de la sécurité routière, promise après la mort de la cycliste Mathilde Blais en 2014, semble avoir été remise aux calendes grecques (nous nous pencherons sur ce sujet sous peu).

On aurait tort, en revanche, de rejeter uniquement la responsabilité sur nos élus. Encore trop d'automobilistes à Montréal réagissent avec irritation à l'omniprésence de vélos dans les rues, visiblement nostalgiques de l'époque où elles leur appartenaient. Et encore trop de cyclistes se comportent comme si les règles du jeu ne s'adressaient pas à eux.

L'enjeu ne doit pourtant pas être pris à la légère. On parle, répétons-le, de sauver des vies.