La démographie n’est pas comme la météo, changeante et imprévisible. Au contraire, c’est une tendance qu’on voit venir de très loin à l’horizon comme un grand paquebot.

Publié le 18 mai

Propulsé par le vieillissement de la population, ce paquebot a percuté les CHSLD durant la pandémie. Et malgré l’hécatombe, il poursuit inexorablement sa dangereuse trajectoire.

Ohé ! Québec ! Il faut un coup de barre dans les soins de longue durée. Toutes celles qui ont été mandatées pour analyser le dossier constatent que les milliers de morts n’étaient pas qu’un accident de parcours, mais bien le résultat d’un laisser-aller qui ne peut plus durer.

La coroner Géhane Kamel déplore des « décennies de politiques publiques défaillantes concernant les CHSLD », dans son rapport d’enquête déposé lundi.

La commissaire à la santé et au bien-être Joanne Castonguay dénonce les « dysfonctions chroniques » qui se traduisent par des soins inadéquats, même si le problème est connu depuis des années.

« Si aucun changement n’est apporté, les aînés en grande perte d’autonomie n’auront pas tous accès à des services de longue durée publics d’ici 2028 », met en garde la vérificatrice générale (VG) Guylaine Leclerc, dans un rapport remis la semaine dernière. 1

Sauf que même si le bateau prend l’eau, Québec continue de naviguer les yeux fermés. Bonne chance pour éviter les prochains écueils !

Depuis 20 ans, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) sait très bien que la demande d’hébergement va augmenter considérablement, car le nombre de Québécois âgés de 70 ans et plus est en ascension…

690 000 en 2002

1,2 million en 2020

2 millions en 2040

Face à cette escalade, qu’a-t-on fait ? On a ironiquement réduit de 15 % le nombre de places en CHSLD.

Résultat ? 2300 personnes vulnérables se retrouvent sur la liste d’attente, un chiffre sous-évalué. Certaines occupent un lit à l’hôpital jusqu’à ce qu’une place se libère. Cela coûte 65 % plus cher qu’une place en CHSLD en plus de congestionner les hôpitaux ce qui a des conséquences sur les autres patients.

On est donc perdant sur toute la ligne.

Il est vrai que la Coalition avenir Québec (CAQ) a mis de l’avant son projet de Maisons des aînés dont la construction coûtera 2,44 milliards de dollars pour 2611 places. Mais cela permettra seulement de résorber la liste d’attente actuelle, pas de combler les besoins futurs… des besoins que le Ministère n’a jamais évalués comme il faut, selon la VG.

Comme dans bien d’autres dossiers, la CAQ a avancé une solution séduisante en campagne électorale sans avoir de diagnostic. Et ça va coûter cher !

D’abord parce que les coûts de construction des Maisons des aînés sont trois fois plus élevés que ceux des CHSLD, mais aussi parce que leurs frais de fonctionnement, évalués à 150 000 $ par année, sont aussi plus salés que ceux des CHSLD publics (118 000 $).

Au lieu d’injecter de l’argent dans le béton, on devrait accélérer le virage vers les soins à domicile qui ne représentent même pas le quart des dépenses de soutien à l’autonomie des aînés au Québec, alors que c’est plutôt les trois quarts dans un pays avant-gardiste comme le Danemark.

Mais du côté des soins à domicile, on nage aussi dans l’inconnu. Sans données sur les coûts actuels. Sans plan précis pour les changements à apporter. Sans idée claire du financement à mettre en place.

Ce qu’on sait, par contre, c’est que le système actuel est malade.

Une minorité (8 %) des aînés en grande perte d’autonomie obtient plus de 50 % des soins nécessaires. Et une majorité (59 %) ne reçoit même pas 5 % des services requis.

C’est totalement inacceptable d’abandonner à elles-mêmes des personnes aussi vulnérables. Le virage vers les soins à domicile ne doit pas être une façon de camoufler un déni de service.

En mars, Québec a confié à la commissaire à la santé le mandat d’examiner le soutien à domicile. Fort bien ! Souhaitons que son rapport ne reste pas sur une tablette. Car il faut en faire plus, beaucoup plus. Et il faut aussi le faire mieux. En n’ayant pas peur des solutions innovantes qui mobilisent tous les acteurs possibles.

On connaît la trajectoire du paquebot des soins de longue durée. Agissons maintenant avant qu’il coule.

1 Lisez le rapport du Vérificateur général du Québec
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