L’automne dernier, François Legault a dit vouloir créer des places en garderie « au plus sacrant ».

Publié le 11 mai

Malheureusement, c’est plus facile à dire qu’à faire. Malgré toute la bonne volonté du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, Québec vient de rater sa cible pour l’année 2021-2022. Il n’a créé « que » 3201 places, alors qu’il en avait promis entre 5000 et 7000.

Cela amène deux réflexions évidentes.

D’abord, il faut redoubler d’efforts pour créer les foutues places manquantes.

Ensuite, il faut aider les parents qui, en attendant, ont perdu au loto-CPE et ne parviennent pas à caser leurs mousses dans le réseau subventionné.

Une aide, pour reprendre les mots du premier ministre, qui doit arriver « au plus sacrant ».

On le sait, l’inflation fait mal, particulièrement aux plus démunis. Mais elle ne touche pas que la nourriture, l’essence et les loyers.

L’inflation frappe aussi les services de garde, et ceux qui n’ont pas la chance de payer 8,70 $ par jour le savent trop bien.

Le gouvernement Legault vient de hausser le salaire des éducatrices des CPE, une excellente décision. Mais pour ne pas perdre leurs propres éducatrices, les garderies privées n’ont pas le choix de suivre la parade.

En ajoutant la hausse des loyers et du prix des aliments, on comprend aisément qu’une garderie privée qui exigeait 40 $ il y a deux ans demande maintenant 50 $, voire plus.

Cela pose un problème.

Québec a un instrument pour aider les parents qui tombent dans les trous du système : un crédit d’impôt, qui vient d’ailleurs d’être bonifié. Combiné à la déduction fédérale, il est conçu pour qu’une place à 40 $ par jour dans le réseau non subventionné revienne au même prix qu’une place dans le réseau subventionné, soit 8,70 $.

Le hic, c’est que dans plusieurs régions, ces places à 40 $ n’existent déjà plus, ou alors ne sont offertes que par les garderies qui rognent sur la qualité.

(Songeons qu’un CPE reçoit environ 70 $ par enfant par jour. On peut se demander comment une garderie privée pourrait s’occuper du même enfant, avec la même qualité, pour 40 $.)

Aujourd’hui, une famille dont chaque parent gagne 35 000 $ et qui doit payer 50 $ pour une place se retrouve, avec les aides provinciales et fédérales, à payer 15,26 $ au lieu du prix de 8,70 $ auquel ont droit les autres parents. Une place à 60 $ lui revient à 25 $ par jour. C’est 6500 $ par année… par enfant.

Consultez le calculateur du gouvernement

Cela crée des iniquités. Et montre que tant le provincial que le fédéral doivent adapter leurs aides fiscales à la nouvelle réalité du terrain. Pourquoi, par exemple, ne pas les ajuster automatiquement en fonction de l’évolution du prix médian ?

Bien sûr, les crédits d’impôt doivent être vus comme une mesure temporaire. Parce que la vraie solution, c’est une place pour chaque enfant dans le réseau subventionné.

Difficile d’affirmer que le ministre Lacombe n’y travaille pas. Pour accélérer la création de places, il a sabré la paperasse, lancé des appels de projets en continu et permis à l’État de construire lui-même des CPE.

Mais sur le terrain, les obstacles et la bureaucratie demeurent.

L’opposition pousse aussi Québec à accélérer les conversions de places non subventionnées en places subventionnées, avec raison. Mais ici, la CAQ doit détricoter tout ce que les libéraux ont fait en favorisant l’explosion du réseau non subventionné.

Dans tous les cas, la création et la conversion de places ne se font pas en claquant des doigts. Voilà pourquoi, en attendant de boucher les trous, il faut tendre la main aux parents qui y tombent.

Des mères (surtout) et des pères (de plus en plus) qui décident de rester à la maison faute de places abordables en garderie, c’est toujours troublant. Au Québec, on a fait le choix il y a longtemps qu’on ne veut pas de cela.

En contexte de pénurie de main-d’œuvre, c’est encore plus inacceptable et contre-productif.

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