Des 432 millions versés par le fédéral pour assurer un « retour en classe sécuritaire », Québec n’en aurait utilisé qu’une infime partie pour améliorer la ventilation dans les écoles, nous apprenait récemment notre collègue Vincent Brousseau-Pouliot.

Publié le 25 janvier

L’Ontario, de son côté, a déployé les fonds d’Ottawa dès l’automne 2020 pour installer 70 000 purificateurs d’air dans ses classes.

Quelle province a pris la meilleure décision ? L’avenir nous le dira peut-être. Mais ce cas n’est pas unique et cela s’inscrit dans une tendance.

Depuis le début de la pandémie, l’Ontario adopte rapidement de nouveaux outils pour combattre le virus. Le Québec, lui, les étudie longuement avant de les implanter – ou, la plupart du temps, de les rejeter.

Nous avions déjà souligné cette dichotomie l’an dernier.

Lisez notre éditorial « Parier sur l’inaction… et gagner »

Depuis, les exemples se sont multipliés. Ventilation dans les écoles. Déploiement des tests rapides. Surveillance du virus dans les eaux usées. Port du masque N95 par les professeurs. Voilà tous des dossiers dans lesquels l’Ontario a agi plus rapidement que le Québec.

Ça ne veut pas dire que l’Ontario a toujours raison. Mais le temps montre bien que l’attentisme du Québec vient avec des risques.

L’approche québécoise n’est pas sans mérite. Elle évite de sauter tête baissée chaque fois qu’une solution décrite comme magique apparaît sur le radar (parfois accompagnée de lobbying de la part de ses vendeurs).

Dans le cas des purificateurs d’air, par exemple, Québec a en main un rapport de l’INSPQ qui conclut que ces appareils peuvent faire plus de tort que de bien. C’est qu’il serait ardu de bien les positionner dans une classe quand on ignore quels élèves sont infectés.

Québec affirme que les échangeurs d’air, qui remplacent l’air vicié par du frais, sont préférables à ceux qui le purifient. Fort bien.

Le hic, c’est qu’après deux ans de pandémie, à peine 435 de ces échangeurs d’air ont été installés dans les classes. C’est moins de 0,5 % des 90 000 locaux d’enseignement.

Le ministère de l’Éducation affirme que s’il y a peu d’échangeurs d’air distribués, c’est parce que les centres de services scolaires en demandent peu. Sachant que la majorité des écoles du Québec ne disposent pas de ventilation mécanique, c’est intrigant.

Les dizaines de milliers de professeurs concernés sont-ils tous satisfaits de la solution consistant à ouvrir les fenêtres par temps glacial chaque fois que le fameux lecteur de CO2 montre un problème ? Ce serait étonnant, et ce ne sont pas les échos que recueillent les journalistes sur le terrain.

On ignore donc précisément pourquoi la demande pour ces appareils ne vient pas. Mais on note que loin d’être proactif pour les déployer aux endroits à risque, le Ministère se réfugie dans une posture attentiste.

Oui, il est possible que l’avenir donne raison à Québec. Peut-être découvrira-t-on que les élèves se contaminent surtout pendant les récréations. Ou quand ils retirent leur masque pour dîner. Ou hors de l’école. Et que tous les échangeurs ou purificateurs d’air du monde n’y changent rien.

Il reste que, pendant que l’Ontario prend le risque d’en faire trop, le Québec, lui, fait le pari inverse.

On l’a vu clairement dans deux autres dossiers : ceux des tests rapides et de la surveillance de la COVID-19 dans les eaux usées. Québec a longtemps douté de ces solutions, alors que le temps a montré qu’elles pouvaient jouer un rôle important. Le cas des masques N95 pour les professeurs reste à trancher.

L’autre problème de l’attitude de Québec est politique. Demander des efforts à la population en devant défendre sa propre inaction dans plusieurs dossiers est difficile.

La pandémie n’est pas terminée. Il n’est pas trop tard pour nous interroger sur notre processus de prise de décisions en contexte d’incertitude. L’INSPQ produit des rapports solides et bien documentés, mais ceux-ci arrivent souvent tard. Un groupe d’experts comme celui qui conseille le gouvernement ontarien amènerait-il plus de souplesse ?

Chose certaine, Québec doit faire preuve de plus de transparence quant à l’utilisation des sommes versées par Ottawa. Près de la moitié de la cagnotte a été octroyée aux centres de services scolaires sans qu’on sache ce qu’ils ont fait de l’argent. Dire que la CAQ promettait une meilleure reddition de compte qu’à l’époque des commissions scolaires…

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