Les images qui circulent depuis le week-end dernier sur l’interpellation d’un groupe de jeunes à la sortie d’un bar de Québec donnent froid dans le dos.

Publié le 1er déc. 2021

On y voit plusieurs policiers entourer le jeune Pacifique Niyokwizera qui est au sol. Un policier le frappe et lui envoie de la neige au visage avec son pied. On voit aussi deux policiers arrêter une jeune femme. Ils la traînent par les cheveux puis la plaquent au sol, la tête enfoncée dans la neige.

À ce jour, on ne connaît pas le contexte de cette interpellation. On ignore tout des raisons qui ont conduit les policiers de Québec à intervenir de la sorte. On sait toutefois qu’aucune contravention n’a été distribuée et que personne n’a été accusé.

Une témoin a déclaré que les policiers avaient visé seulement les jeunes Noirs. C’est une affirmation qu’il faut vérifier.

Dimanche, le chef du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), Denis Turcotte, a affirmé que les policiers répondaient à un appel des propriétaires du bar Dagobert sur la Grande-Allée. Or cette affirmation a été contredite par un des copropriétaires de l’établissement qui a déclaré au journal Le Devoir que les policiers étaient à bord d’une voiture fantôme déjà stationnée devant le Dagobert. Il assure que ses employés n’ont pas fait appel aux forces de l’ordre. Enfin, la présidente du syndicat du SPVQ, Martine Fortier, a déclaré de son côté qu’à première vue, elle ne croyait pas « que la couleur de la peau de l’individu ait eu un impact sur cette intervention ».

Mardi, on apprenait qu’un autre évènement où l’emploi de la violence semble discutable a eu lieu dans un restaurant de Sainte-Foy. Quelques heures plus tard, le SPVQ annonçait, sur Twitter, la suspension de cinq policiers impliqués dans l’arrestation du Dagobert.

Pour toutes ces raisons, et parce que ces informations suggèrent une certaine partialité de la part des policiers, il faut absolument confier un mandat au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI).

C’est une question de confiance. Et de transparence. La population doit être rassurée sur l’objectivité du processus.

La Loi sur la police stipule que la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, peut, dans des cas exceptionnels, « charger le Bureau des enquêtes indépendantes de mener une enquête sur tout évènement […] impliquant un agent de la paix et ayant un lien avec ses fonctions ».

Les interpellations de samedi dernier représentent à notre avis des « cas exceptionnels ».

Non seulement la ministre Guilbault a les pouvoirs de déclencher cette enquête, qui peut très bien être menée parallèlement à l’enquête en déontologie qu’elle a déjà demandée, mais elle doit le faire rapidement. Le temps presse.

Contrairement à ce qu’a déclaré le premier ministre François Legault – qui préfère attendre les conclusions de l’enquête interne menée par le SPVQ avant de réclamer une enquête indépendante –, il faut mandater le BEI dès aujourd’hui. En effet, le Règlement sur le déroulement des enquêtes du BEI précise qu’« un policier impliqué doit rédiger de manière indépendante, notamment sans consultation et sans influence, un compte rendu exact, détaillé et exhaustif portant notamment sur les faits survenus lors de l’évènement, le signer et le remettre aux enquêteurs du Bureau des enquêtes indépendantes dans les 24 heures suivant l’évènement, à moins que le directeur du Bureau ne lui accorde un délai supplémentaire ».

Le policier « doit également rencontrer les enquêteurs du Bureau et s’abstenir de communiquer avec un autre policier impliqué ou témoin au sujet de l’évènement jusqu’à ce qu’il ait remis son compte rendu et qu’il ait rencontré les enquêteurs du Bureau ».

Il est donc important que le BEI puisse commencer ses entrevues le plus rapidement possible. Il faut rencontrer tous les acteurs impliqués dans les interpellations de samedi dernier pendant que leurs souvenirs sont encore précis.

Dans un deuxième temps, il faudra se pencher sur la question du recrutement et de la formation.

Est-ce que l’incident impliquant le jeune Pacifique Niyokwizera est un évènement à caractère raciste ? On ne le sait pas encore. Une chose qu’on sait, toutefois, c’est que la représentation des minorités visibles au sein du SPVQ est pour ainsi dire inexistante. Les dernières données disponibles indiquent qu’il n’y a aucun policier noir, deux policiers asiatiques et une dizaine issus des communautés autochtones. Le recrutement de candidats issus de la diversité fait d’ailleurs partie des priorités du chef de police Turcotte, nommé le printemps dernier. Il est urgent de s’attaquer à cet enjeu.

Mais pas avant d’avoir fait la lumière – de manière objective et indépendante – sur tout ce qui s’est passé à Québec le week-end dernier.

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