La campagne électorale canadienne se déroule, alors que, simultanément, les talibans ont repris le contrôle de l’Afghanistan et bouleversé encore un peu plus l’ordre mondial.

Bien sûr, ce changement de régime et ses impacts sur le Canada ont fait réagir les partis et leurs chefs.

Mais la politique étrangère du Canada n’a pas encore fait l’objet de grands débats.

D’ailleurs, la semaine dernière, lors du premier débat des chefs, c’est tout juste si on en a parlé. Trois des dernières minutes y ont été consacrées, exclusivement au sujet de l’Afghanistan. C’est tout.

Que voulez-vous, la politique étrangère, c’est un peu comme l’environnement : à peu près tout le monde reconnaît que c’est fondamental, mais ce n’est généralement pas un sujet avec lequel on gagne ou on perd une campagne.

Ce n’est pas typique du Canada, cela dit ; c’est même le cas des États-Unis, et il s’agit pourtant de la première puissance mondiale.

Permettez-nous toutefois bien humblement de plaider pour que le sujet soit abordé avec plus de sérieux d’ici la fin de la campagne. On voudrait savoir sur quelle planète vivent les chefs !

Le fait est que le Canada tarde à trouver son rôle sur la scène internationale. Par conséquent, une solide réflexion à ce sujet devient chaque jour plus cruciale.

Le Canada se retrouve bien malgré lui à jouer dans un film où non seulement les autres acteurs ne tiennent plus le même rôle, mais où les scènes et les dialogues ont changé.

Au cours des deux dernières décennies, on est passé d’un monde unipolaire où les États-Unis faisaient la pluie et le beau temps à un monde où la première puissance mondiale est en plein repli stratégique.

À preuve : Joe Biden vient de mettre fin à la guerre en Afghanistan en qualifiant ce désengagement de « meilleure décision pour l’Amérique ». À l’international, le pays d’oncle Sam a revu ses ambitions à la baisse.

On est passé à un monde, aussi, où le nationalisme des grandes puissances s’est réaffirmé. Tout comme la rivalité entre ces nations qui, pour un temps, s’était estompée.

Et le plus inquiétant, c’est qu’on est passé à un monde où la démocratie est en déclin. Pendant ce temps, les autocrates, qu’ils soient en Chine, en Russie ou ailleurs, ont le vent en poupe.

Ces profonds bouleversements nous affectent.

On n’a qu’à prendre notre relation avec la Chine, qui est au plus mal depuis que nous avons arrêté Meng Wanzhou à la demande des Américains et que Pékin a riposté en s’acharnant contre des citoyens canadiens.

Et que dire de notre relation avec la Russie… Après avoir affiché une volonté d’ouverture lors du bref règne de Stéphane Dion comme ministre des Affaires étrangères, le Canada a fermé la porte à double tour.

On ne sait trop quoi faire depuis que l’ours russe est redevenu indomptable.

L’ultime symbole de la perte de repères du Canada dans ce monde nouveau, c’est l’incapacité d’Ottawa à obtenir un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Et ça vient de se produire non pas une, mais deux fois.

En 2010, c’était plus compréhensible. Le premier ministre conservateur Stephen Harper avait levé le nez sur le multilatéralisme. Il avait même un jour pris plaisir à bouder l’assemblée générale de l’ONU pour visiter une usine de beignes Tim Hortons.

Mais en juin dernier, lorsque le Canada a essuyé un deuxième refus, on a compris que le mal était plus profond.

Le chercheur Jocelyn Coulon, qui a fait partie des conseillers de Justin Trudeau et de Stéphane Dion il y a quelques années, a récemment publié un essai dans lequel il se penche sur ce mal.

Il y affirme notamment que « le Canada a perdu l’identité internationale forte qui l’a caractérisé pendant une cinquantaine d’années sans pour autant en créer une nouvelle* ».

On peut effectivement se demander : qu’est-ce ce qui structure désormais notre politique étrangère, mis à part notre alliance indéfectible avec les États-Unis ?

D’ailleurs, visiblement, le reste du monde se le demande aussi…

Notre rôle sur la scène internationale est à redéfinir.

Le film n’est plus le même et nous avons besoin d’un nouveau scénario.

Hey, les chefs, que diriez-vous d’en débattre ?

* Achetez et lisez « Le Canada à la recherche d’une identité internationale », de Jocelyn Coulon