On a pu légitimement se demander pourquoi le Québec n’offrira pas de troisième dose à tous les aînés dans un avenir immédiat.

Oui, on a pu se le demander… mais dès qu’on a entendu les explications offertes par le Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ), on a compris qu’il s’agissait d’une décision mûrement réfléchie, fondée sur la science.

Il faut dire que voir Joe Biden il y a deux semaines annoncer en grande pompe que lui et son épouse allaient recevoir une troisième dose dès la fin du mois de septembre a pu soulever certaines interrogations de ce côté-ci de la frontière.

Mais le fait est que le vaccin fonctionne bien, même contre le variant Delta.

Le fait est, aussi, que l’immunité des aînés en CHSLD demeure importante.

Le CIQ rapporte, dans son avis préliminaire sur la vaccination chez les résidants des CHSLD, que l’incidence de la COVID-19 demeure faible chez ces aînés, « malgré une recrudescence de la maladie chez les populations plus jeunes et moins bien vaccinées ».

On reconnaît que « l’efficacité de deux doses de vaccin à prévenir la COVID-19 est plus faible chez les résidants de CHSLD comparativement à la population générale ». Mais la donnée fondamentale, soit l’efficacité à prévenir les décès, demeure très élevée. Entre 93 et 97 %.

Consultez l’avis du CIQ

À ces données s’ajoute une particularité 100 % québécoise : l’écart entre l’administration des deux doses de vaccin a généralement été plus important ici qu’ailleurs.

L’impact est double, nous a expliqué le président du CIQ, Nicholas Brousseau. Premièrement, les aînés du Québec ont généralement reçu leur deuxième dose plus tard que bien d’autres, notamment les Américains. Ce qui signifie vraisemblablement qu’une baisse importante des anticorps ne s’est pas produite.

Deuxièmement, des études récentes indiquent que l’écart de plusieurs semaines entre les deux doses a eu pour effet de conférer une plus grande immunité aux personnes doublement vaccinées. Ça entre, ça aussi, en ligne de compte.

La tâche la plus importante, en ce moment, est de vacciner ceux qui ne le sont pas entièrement.

On rapporte, par exemple, qu’il y a encore quelque 30 % des jeunes de moins de 40 ans qui n’ont pas eu leurs deux doses. Ce sont eux qu’il faut viser en priorité.

Si on améliore la couverture chez les jeunes, on devrait faire diminuer encore un peu plus la transmission au sein de la société québécoise. Les aînés vont en bénéficier.

Notons que le Québec ne fait pas cavalier seul. Hier, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies a rendu un avis similaire à celui du CIQ.

Selon cette agence, les troisièmes doses doivent être réservées aux personnes immunosupprimées.

C’est aussi ce qu’on recommande au Québec.

Il est fréquent que ces personnes ne répondent pas aux deux premières doses, contrairement au reste de la population. Et dans leur cas, des études ont démontré qu’une troisième dose pouvait faire une différence.

La prudence du CIQ en ce qui concerne l’administration d’une troisième dose ne signifie bien sûr pas qu’elle ne sera jamais nécessaire pour le reste de la population du Québec. La chose est probable. Mais quand ? Et pour qui ? Répondre à ces questions serait aujourd’hui prématuré.

Ce virus force à la fois à l’humilité et l’adaptation.

Cela dit, n’oublions pas non plus que chaque dose offerte ici ne l’est pas ailleurs.

Le président de l’Organisation mondiale de la santé, début août, a d’ailleurs réclamé un moratoire sur l’administration d’une troisième dose « au moins jusqu’à la fin septembre ».

Il y a un « besoin urgent de renverser les choses : d’une majorité de vaccins allant dans les pays riches à une majorité allant dans les pays pauvres », a-t-il lancé.

Il est crucial de vacciner le monde entier le plus rapidement possible pour freiner l’apparition de nouveaux variants plus dangereux, on le sait.

Mais la vitesse à laquelle on administre une troisième dose au sein des pays riches soulève aussi des enjeux éthiques majeurs. Il ne faudrait surtout pas faire l’économie de ce débat.