Ouch ! Les sentez-vous, les deux beaux gros bleus sur notre orgueil ?

Le premier soufflet est venu des États-Unis, qui ont décidé de garder leur frontière terrestre fermée aux touristes canadiens. Le deuxième vient du Royaume-Uni, qui allège ses règles de quarantaine pour les visiteurs américains, mais maintient la ligne dure pour les Canadiens.

Dans ce triangle allié transatlantique, le Canada se retrouve dans le rôle de l’enfant qu’on ne veut pas choisir pour former son équipe de ballon-chasseur. Et qui attend sagement sur les lignes de côté.

Pourtant, dans les deux cas, le gouvernement Trudeau a montré son désir d’être bon joueur. Dès le 9 août, les visiteurs américains doublement vaccinés pourront venir au pays – par la voie aérienne ou terrestre – sans faire de quarantaine. Les Britanniques doublement vaccinés pourront faire de même à partir du 7 septembre.

Des trois pays, c’est au Canada que la situation sanitaire est la plus enviable, avec un taux d’infection à la COVID-19 20 fois moins élevé qu’aux États-Unis et 30 fois moins élevé qu’en Grande-Bretagne. Et notre taux de vaccination complète, lui, est supérieur aux deux autres gros pays anglo-saxons.

***

Dans ces circonstances, il est assez légitime de demander à notre voisin immédiat et à notre plus proche voisin outre-Atlantique pour quelle raison ils nous boudent ainsi.

Malheureusement, les réponses qui nous sont offertes sont loin d’être convaincantes.

L’administration Biden, qui devait coordonner la réouverture de sa frontière terrestre avec le Canada, dit maintenant qu’elle ne peut le faire sans ouvrir simultanément celle du Mexique. Que le pays se doit de traiter ses deux voisins de la même façon.

Ah bon ? Les Mexicains doivent être contents de l’apprendre ! Si la frontière canado-américaine est la plus longue frontière pacifique au monde, celle entre les États-Unis et le Mexique ressemble à une zone militarisée depuis des décennies. Et contrairement aux Canadiens, qui peuvent entrer aux États-Unis sans visa lors d’une visite d’agrément ou d’affaires, les Mexicains ont tous besoin d’autorisations pour fouler le sol américain. Pas exactement une symétrie parfaite.

Cette explication boiteuse des États-Unis est apparue à la toute dernière minute d’ailleurs, comme si on avait cherché une façon de sauver les apparences.

Ce n’est pas mieux du côté britannique. Pourquoi laisser tomber la quarantaine pour les voyageurs vaccinés en provenance des États-Unis et de l’Union européenne en laissant le Canada sur la touche ? Aucune explication n’a été offerte officiellement.

En coulisses, on dit que la Grande-Bretagne veut relancer son économie et mise sur les marchés touristiques les plus importants pour y parvenir : les États-Unis et l’Union européenne. Pourtant, les Canadiens sont parmi les plus friands de la Grande-Bretagne.

Pendant l’année prépandémique, pas moins de 800 000 Canadiens ont visité la Grande-Bretagne, y contribuant de retombées de 734 millions de livres sterling (1,3 milliard), un apport comparable à celui de plusieurs pays de l’Union européenne.

Bien sûr, devant des décisions qui semblent aussi arbitraires, on pourrait lever les épaules. Après tout, est-ce vraiment le meilleur moment pour aller aux États-Unis et en Grande-Bretagne alors que la pandémie est loin d’y être sous contrôle ? Probablement pas. Et ceux qui tiennent mordicus à aller aux États-Unis peuvent le faire par avion.

***

C’est impossible d’ignorer le malaise. Car ce qui est inquiétant, ce ne sont pas ces règles de voyage temporaires, mais bien ce qu’elles révèlent sur l’état de nos relations avec deux pays que nous considérons comme des membres de la famille immédiate, mais qui semblent voir en nous un cousin lointain.

Après les années Trump, le Canada espérait bien retrouver une relation plus amicale et accommodante avec l’arrivée au pouvoir de Joe Biden.

Il est temps de revoir nos attentes à la baisse. Bien sûr, le président Biden ne se lève pas la nuit pour envoyer des gazouillis d’insultes à Justin Trudeau comme son prédécesseur, mais on ne voit pas de grands progrès dans les dossiers qui tiennent à cœur au Canada. Ni sur l’emprisonnement de deux Canadiens en Chine pour des raisons politiques liées aux États-Unis. Ni dans le dossier des mesures commerciales protectionnistes déployées au sud de la frontière, notamment par l’entremise du programme Buy American, qui ne cesse de prendre de l’ampleur. La décision sur la frontière en rajoute une couche.

***

Et comment le Canada réagit-il aux récentes décisions américaine et britannique ? Le gouvernement Trudeau a ravalé sa salive et dit continuer de travailler avec ses partenaires. C’est extrêmement timide.

Pourtant, le Canada pourrait bien se permettre de rappeler ses « amis » à l’ordre et de faire valoir ses intérêts nationaux de manière plus robuste. Dans les milieux diplomatiques, mais aussi sur la place publique.

C’est bien beau, l’amitié, mais pour que ça dure, ça prend un minimum de réciprocité. -30