Si vous ne mangez ni blé, ni orge, ni avoine, ni pois, ni lentilles, ni haricots, ni noix, vous pouvez arrêter ici votre lecture.

Pour tous les autres, savoir ce que contiennent ces aliments vous concerne directement.

Si votre nourriture contient des traces de pesticides, vous voulez vous assurer que celles-ci ne compromettent pas votre santé et celle de vos enfants. Vous êtes en droit de savoir. Et pour savoir, vous avez besoin d’informations claires.

Malheureusement, ce n’est pas Santé Canada qui s’est illustrée par sa clarté sur cet enjeu pourtant crucial. Au cours des derniers jours, on a appris que l’agence fédérale proposait de hausser les limites sur les résidus de glyphosate présents dans certains aliments.

Le hic, c’est que le document de présentation est si cryptique que même les experts peinent à le comprendre. Imaginez les citoyens.

Résultat : plusieurs informations erronées ont circulé cette semaine. On est allé jusqu’à accuser Santé Canada de vouloir nous « empoisonner » !

C’était pourtant prévisible. Le glyphosate, commercialisé notamment sous le nom de Roundup, est l’herbicide le plus vendu au monde. Il est aussi un déclencheur automatique de controverse. Bien des choses se disent et s’écrivent sur ce produit, et pas toujours les plus exactes et nuancées.

Sachant cela, Santé Canada aurait dû voir venir les coups et faire preuve de transparence et de pédagogie. C’est raté.

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La première chose qu’on veut savoir lorsqu’un changement est proposé, c’est qui le réclame. Le document évoque un « demandeur », sans le nommer. Il nous a fallu talonner Ottawa pour apprendre que ce mystérieux demandeur n’était nul autre que la multinationale Bayer… qui commercialise le Roundup.

Camoufler cette information importante ne fait qu’entretenir l’idée qu’on nous « cache des choses ».

On aimerait aussi mieux comprendre ce qui justifierait une hausse des limites permises de glyphosate alors qu’une étude a montré qu’entre 2015 et 2017, 99,4 % des échantillons de nourriture analysés au Canada se conformaient aux normes actuelles. La tendance souhaitée va à la réduction des pesticides, pas à leur augmentation.

Quant à la nature des changements proposés, la confusion est totale. Plusieurs médias et chercheurs ont conclu que le gouvernement fédéral envisageait de tripler la limite des résidus permis sur le blé et l’orge, par exemple.

Santé Canada affirme pourtant… qu’il n’y a aucun changement de limite pour les céréales. Ce sont des changements d’appellation qui créeraient la confusion. Par exemple, ce qu’on appelle maintenant « son de blé » était auparavant désigné comme « mouture de fraction de blé ». Mais la limite, elle, reste la même : 15 parties par million. Disons que quand personne ne comprend la même chose, on peut s’interroger sur la clarté des informations.

Des hausses proposées touchent bel et bien plusieurs aliments, dont les pois, les lentilles, les haricots et les noix. Cela menacerait-il notre santé ? Santé Canada se contente d’écrire qu’il n’existe pas de « risques inacceptables pour aucune sous-population, y compris les nourrissons, les enfants, les adultes et les aînés », mais sans démonstration. C’est pourtant le cœur de l’affaire.

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Il faut éviter de dramatiser le débat. Personne n’aime manger des pesticides, mais la toxicité d’une substance dépend de la dose consommée. Tout résidu de glyphosate n’est pas nécessairement problématique. Et si on lit partout qu’une agence a déjà conclu que le glyphosate est « probablement cancérigène », on tait le fait qu’il s’agit d’un avis minoritaire.

On ne dit pas non plus qu’on évaluait alors le danger inhérent de la substance, et non le risque qu’elle entraîne en fonction de l’exposition réelle. La différence ? Un requin est dangereux. Mais à Mont-Laurier, le risque qu’il pose est nul.

Il reste que c’est à Santé Canada de nous démontrer clairement que les nouvelles normes proposées ne posent aucun risque pour la santé, et à nous expliquer pourquoi elles sont à l’étude.

Sinon, c’est la peur et la désinformation qui prennent le dessus.