Quand Éric Duhaime se dit victime de discrimination, dites-vous une chose : il n’y a probablement pas eu de discrimination…

Pendant ses années à la radio à Québec, on ne compte plus le nombre d’inepties qu’il a dites en ondes (ex : il a déjà comparé la culture du viol à un vol d’auto1). Chef du Parti conservateur du Québec (PCQ) depuis peu, il plaira sans doute aux complotistes et aux opposants aux mesures sanitaires.

C’est ainsi qu’il a passé le week-end dernier à se plaindre « de discrimination » contre lui, « un homme blanc de droite », par les « wokes », qui « s’opposent à la démocratie ». Pourquoi ? Parce que trois restaurateurs du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont refusé qu’il tienne des rassemblements partisans dans leur établissement.

Il y a là tout l’ADN du polémiste Éric Duhaime, qui déforme les faits — et dans ce cas-ci la définition de la discrimination.

La Charte des droits et libertés de la personne du Québec interdit toute discrimination empêchant une personne d’avoir accès à un lieu public (par exemple un restaurant) en raison de ses convictions politiques. Toute personne doit aussi pouvoir être servie nonobstant ses convictions politiques (tant qu’elle respecte les lois en vigueur, dont les mesures sanitaires).

Sauf que le chef du PCQ ne voulait pas simplement manger au restaurant : il voulait y tenir une activité partisane (comme il l’a fait souvent, sans histoire, dans plusieurs restos du Québec depuis le début de l’été). Le parti publicisait lui-même ces évènements comme des rassemblements partisans.

Les restaurateurs de la région ont d’ailleurs tous raconté la même histoire : ils ont reçu un appel pour une réservation de 10 personnes du parti pour « venir discuter de politique ». On ne leur a jamais indiqué qu’il s’agissait d’un évènement public partisan. Ni même que le chef du parti serait présent. « S’ils étaient venus prendre juste une bière, tout aurait été correct », a résumé Annie St-Hilaire, propriétaire de la Microbrasserie du Lac St-Jean, au Journal de Québec.

La Charte québécoise permet à Éric Duhaime et aux membres du PCQ d’aller manger dans tous les restos au Québec, peu importe leurs convictions politiques. Mais elle n’impose pas à chaque restaurant l’obligation d’accueillir les activités publiques partisanes d’un parti politique.

Non, Éric Duhaime n’a pas été victime de discrimination en raison de ses convictions politiques. En voulant organiser des rendez-vous partisans dans des restos et des bars sans les avertir de la nature exacte de l’évènement, il a été l’artisan de son propre malheur.

Si le PCQ veut louer un local pour tenir un rassemblement dans un endroit où on loue normalement des locaux pour des activités de nature publique (par exemple un cégep, une université) – ce qui n’est généralement pas le cas d’un restaurant ou d’un bar –, qu’il le fasse à visière levée. Et qu’on le traite comme n’importe quel autre parti politique.

(C’est d’ailleurs ce qui arrivera au Saguenay : le chef du PCQ fera sa tournée mardi et mercredi dans trois hôtels, des établissements qui louent habituellement des salles.)

Ouvrons ici une parenthèse qui ne s’applique pas à M. Duhaime : un établissement peut évidemment refuser de louer un local à un organisme dont les valeurs heurtent fondamentalement celles de la société québécoise, selon la Charte québécoise. Par exemple, on peut refuser de louer à un organisme qui encourage la radicalisation face au terrorisme ou qui fait de la propagande haineuse. Le PCQ n’entre pas du tout dans cette catégorie d’organismes foncièrement indésirables qui flirtent avec le Code criminel.

Éric Duhaime a droit à sa liberté d’expression. Sauf que celle-ci n’est pas absolue : elle ne lui donnerait pas le droit de rejoindre le plus large auditoire possible en participant chaque dimanche à Tout le monde en parle…

C’est la même chose pour le droit à l’égalité. Il interdit la discrimination fondée sur les convictions politiques pour l’accès aux commerces.

Mais il ne vous donne pas le droit de transformer un resto en local préélectoral.

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Note 1 : Sources des propos tenus par Éric Duhaime à la radio en octobre 2016 
https://leclubdesmalcites.com/eric-duhaime-a-propos-de-la-culture-du-viol/ 
https://leclubdesmalcites.com/eric-duhaime-qui-compare-culture-du-vol-de-char-et-culture-du-viol/  https://quebec.huffingtonpost.ca/2016/10/21/eric-duhaime-culture-du-viol-vol-dauto-urbania_n_12591108.html