Pas de concert de Bruce Springsteen comme aux États-Unis. Pas de places supplémentaires au Centre Bell pour voir le Canadien à l’œuvre. Non, on ne peut pas dire que les privilèges pleuvent sur les Québécois qui ont reçu leurs deux doses de vaccins contre la COVID-19.

Petite joie : depuis lundi, ils n’ont plus à se confiner à l’hôtel pendant trois jours ni à respecter une quarantaine de 14 jours à la maison s’ils obtiennent un test négatif en arrivant au pays après un voyage. Mais cette petite fleur a aussi des épines s’ils sont parents de jeunes enfants.

Les règles d’Ottawa imposent toujours une quarantaine de 14 jours à tous les enfants de moins de 12 ans dès qu’ils mettent les pieds au Canada. Même s’ils ne peuvent recevoir de vaccin.

Quatorze jours, c’est une petite éternité pour les petits, mais aussi pour leurs parents qui ont été nombreux à exprimer leur désarroi et leur déception dans les médias à l’égard de cette quarantaine familiale déguisée.

Vous vous imaginez, après toutes les privations des 16 derniers mois, de devoir garder bébé et fiston entre les quatre murs d’un appartement ou d’une maison pendant deux longues semaines d’été ? C’est vraiment un scénario peu alléchant.

Plusieurs avec qui nous nous sommes entretenus, qui se réjouissaient de profiter des vacances estivales et des nouvelles règles pour aller voir des membres de la famille en France, au Maroc et ailleurs après plus d’un an d’absence, ont vite déchanté. Beaucoup remettent leurs plans de voyage aux calendes grecques, au grand dam des grands-parents et de proches qui les attendaient à bras ouverts.

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À Ottawa, on explique que la décision de maintenir la quarantaine pour les enfants a été prise pour protéger le pays du variant Delta. Les populations non vaccinées sont plus vulnérables à ce variant quatre fois plus transmissible que le virus original et plus virulent.

Le Canada veut éviter à tout prix une quatrième vague et c’est louable. La prudence nous a bien servis au cours des derniers mois alors que l’État mettait la pédale au fond pour injecter le plus grand nombre de doses de vaccins dans les bras d’adultes consentants.

Malheureusement pour eux, les enfants n’ont pas la possibilité de faire partie de l’effort de guerre en recevant leurs deux doses. Les tests cliniques pour étudier l’impact des vaccins sur les plus petits sont toujours en cours. Parce que les enfants contractent moins la maladie et la transmettent moins que les adultes, ces tests prennent beaucoup plus de temps.

Par ailleurs, les plus récentes données compilées par des experts de l’Université Johns Hopkins démontrent que le variant Delta représente une menace « modérément pire » que les autres variants pour les enfants, mais sans changer diamétralement la donne. Variant ou pas, les enfants restent moins touchés par la maladie. Les enfants d’âge préscolaire, en particulier, transmettent très peu le virus.

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Dans ces circonstances, il semble inéquitable que les petits de moins de 12 ans soient assujettis aux mêmes règles que les adultes non vaccinés — la plupart du temps par choix — lors de leur arrivée à la frontière canadienne. Et sans mettre la santé publique en danger, Ottawa pourrait penser à des assouplissements qui leur seraient destinés.

Il faut d’abord noter que tous les voyageurs à destination du Canada doivent fournir un test négatif avant de prendre l’avion et subir un autre test à l’aéroport d’arrivée.

Puisque dans la majorité des cas, les symptômes apparaissent dans les cinq jours de l’exposition à la maladie, le gouvernement pourrait exiger des enfants de moins de 12 ans une quarantaine à la maison de cinq ou six jours et demander un troisième test négatif avant de lever la quarantaine pour ce groupe restreint. Les risques de transmission seraient alors très limités.

Il faut garder en tête que d’autres risques sont liés aux restrictions sanitaires, notamment en lien avec la santé mentale et la dynamique d’attachement.

Si, pour une partie de la population, le voyage est un luxe, pour beaucoup de Québécois nés à l’étranger — et on parle ici d’un Québécois sur quatre — et leurs enfants, voyager est la seule manière de construire et de maintenir des liens significatifs avec la famille outre-frontière. Les communications par Skype, Zoom et Messenger ont bien des vertus, mais ça ne vaudra pas un séjour chez grand-papa Jacob ou chez tante Aïcha.

Au nom de ces liens affectifs importants, Ottawa se doit de montrer plus de flexibilité.