Pensionnats qui ont traumatisé 150 000 enfants et en ont vu mourir au moins 6000. Rafles dans les familles dans les années 1960 pour faire adopter les enfants ailleurs au Canada et dans le monde. Disparition d’enfants confiés à des hôpitaux.

La liste des crimes envers les familles autochtones au Canada, y compris au Québec, est aussi longue que bouleversante. En ce mois national de l’histoire autochtone, qui a débuté avec la macabre découverte d’une fosse commune contenant 215 corps d’enfants des Premières Nations à Kamloops, le devoir de mémoire de tout le pays est plus pressant que jamais. Le devoir d’agir, lui, est brûlant. Surtout en matière de protection de la jeunesse. Et le Québec a une belle occasion à saisir.

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Disons-le sans ambages, l’État – fédéral comme provincial – a lamentablement échoué pendant des décennies à protéger les enfants autochtones, devenant, avec le concours de l’Église, leur principal prédateur.

On n’en est plus là, mais la situation n’est pas particulièrement reluisante, comme l’ont noté plusieurs rapports d’enquête, dont ceux de la commission Viens et de Régine Laurent sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

Au Québec, les enfants autochtones sont huit fois plus souvent placés hors de leur famille et de leur communauté que les autres enfants de la province. Une situation qui jette du sel sur des plaies toujours ouvertes.

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La bonne nouvelle, c’est qu’il y a un début de solution à portée de main. Un commencement de réparation qui répond aux recommandations de toutes les récentes commissions d’enquête sur les sévices subis par les autochtones. Depuis janvier 2020, une loi fédérale reconnaît le droit des nations autochtones d’un océan à l’autre de se doter de leur propre loi sur la protection de la jeunesse et de gérer les services en découlant.

Plusieurs communautés sont en train de travailler d’arrache-pied pour en échafauder. Au Québec, elles ont l’aide d’un comité d’experts qui leur propose des pistes à suivre. Le tout suscite beaucoup d’espoir dans les petites communautés tricotées serré.

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Mais il y a un os. Un gros os. Le gouvernement du Québec a décidé de contester la constitutionnalité de la loi, estimant que le gouvernement fédéral empiétait sur les compétences provinciales. Le tout est devant la Cour d’appel et pourrait se rendre jusqu’en Cour suprême. La cause semble bien mal choisie pour un bras de fer Québec-Ottawa.

Le gouvernement de François Legault a beau s’époumoner pour dire qu’il ne conteste pas le principe de l’autonomie autochtone, mais plutôt la décision d’Ottawa de légiférer en matière de services sociaux, le message reçu du côté autochtone reste le même : le refus de reconnaître leur droit à l’autodétermination pour assurer le bien de leurs enfants.

Le gouvernement de la CAQ propose plutôt aux communautés autochtones d’adapter la Loi sur la protection de la jeunesse à leurs propres réalités grâce à des ententes particulières qui leur permettront de jouir de plus d’autonomie. Cette approche a été essayée dans d’autres provinces, dont l’Ontario, mais n’a pas eu l’effet escompté.

Et, demandez-le aux indépendantistes de la province, il y a une immense différence entre un statut de société distincte à l’intérieur d’un cadre existant, ce que Québec propose aux autochtones, et la souveraineté dans un domaine, l’offre d’Ottawa.

Bien sûr, gérer plusieurs lois différentes sur un même territoire demandera du doigté et il est normal que le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, le souligne, mais personne n’a dit que la réparation des torts du passé passerait par la facilité.

Québec a déjà démontré beaucoup de bonne volonté en débloquant plus de 200 millions sur cinq ans pour mettre en place les actions proposées par les diverses commissions d’enquête. On l’en félicite tout en l’invitant à faire un gros pas de plus.

Lorsque Ian Lafrenière et son collègue Lionel Carmant s’assoiront avec les leaders autochtones le 17 juin pour parler de santé et de services sociaux, ils devraient apporter une bien belle offrande : celle d’avoir enterré la hache de guerre juridique avec Ottawa et de laisser les nations autochtones déployer leurs ailes.